Katla affiche

A notre époque de séries TV globales (car bien plus que le cinéma, la série TV a réussi à unir la planète dans les mêmes passions, voire les mêmes obsessions), on ne peut pas dire que les scénaristes de "Katla" se soient vraiment foulés pour trouver le thème de cette « petite » série islandaise : je te prends le sujet des "Revenants" (la réapparition inexplicable des disparus) et j’y ajoute un bonne dose de "The Leftovers" (la difficulté de faire son deuil, avec le gnan gnan religieux et new age en moins : on est en Europe, pas chez les Ricains, quand même !), et le tour est joué. Ah non, comme on est chez Netflix, on incruste ça dans un contexte SF (pas de spoiler ici, rassurez-vous) très à la mode de nos jours.

Pire, et là on est obligés d’être durs, on va jouer les plus mauvaises cartes du genre, à commencer par un étirement injustifié de l’intrigue sur huit épisodes, alors que la série aurait été bien plus convaincante sur 5 ou 6. Il y a ensuite le choix « à la "Lost" » de faire que les différents protagonistes ne se parlent jamais, alors qu’en partageant leur expérience, ils arriveraient à se dépêtrer des différents pièges que leur tendent, volontairement ou non, ces personnes aimées réapparues du passé : le scénario dégage inévitablement cette désagréable impression que les personnages sont tous plus stupides les uns que les autres… Et il y a enfin une grande élasticité du temps et de l’espace, qui fait qu’on est régulièrement surpris par la rapidité ou au contraire la lenteur des protagonistes à parcourir les multiples trajets, en voiture ou à pied, qu’ils effectuent sur un territoire qui semble tour à tour minuscule et gigantesque, délestant la série encore un peu plus de sa crédibilité.

Et pourtant, pourtant, "Katla" est une série (une mini-série ? Il n’est pas clair si la fin est élégamment suspendue ou si elle prépare une seconde saison) qu’il serait dommage de manquer. Filmée en Islande dans un décors véritablement, pour le coup, apocalyptique, "Katla" dépeint magnifiquement un monde éteint, noyé par la cendre, envahi par une grisaille pétrifiante, qu’une éruption volcanique interminable condamne à l’asphyxie, aussi bien physique qu’émotionnelle. "Katla" offre d’une part une succession d’images littéralement jamais vues, et absurdes de beauté, et d’autre, une métaphore pertinente sur la fin de l’humanité, loin des clichés sensationnistes à l’américaine : de quoi régaler tous les amateurs de singularité… et « d’exotisme ».

Mieux encore, la noirceur absolue des paysages contamine l’âme des protagonistes, et le scénario, ne laisse aucun espoir quant aux sentiments les plus élémentaires de l’humanité : de l’amour parental à l’amour conjugal, en passant par les liens entre frères et sœurs et le désir sexuel, tout est peu à peu laminé, ridiculisé, avant de sombrer dans l’horreur pure. Le dernier épisode, assez magistral, propose une suite de situations atroces, ou tout au moins d’un furieux pessimisme.

Oui, "Katla", avec ses multiples défauts, reste une véritable expérience esthétique et émotionnelle, qu’il serait dommage de rater.