Halston affiche

Roy Halston Frowick ? Qui c’est ça ? Un couturier US célèbre des années 70-80 ? Et pourquoi on n’a pas entendu parler de lui, comme on connaît tous Calvin Klein par exemple ? Et si cette marque a été aussi fameuse (portée par Jackie Kennedy / Jackie O !), pourquoi n’en reste-t-il pas trace ? Les questions se bousculent dans notre tête quand démarre la nouvelle mini-série (5 épisodes de 45 minutes, et c’est bouclé) de Ryan Murphy, entre autres… A la fin, on a toutes les réponses qu’on attendait, et on ressent une infinie tristesse devant cette histoire d’une vie dilapidée dans un tourbillon insensé d’énergie – sexe et drogues, mais pas de rock’n’roll pour le coup – qui n’aura laissé que peu de traces, finalement.

Mais le niveau d’émotion – jamais forcée, la série ne jouant jamais d’effets tire-larmes, heureusement – que l’on atteint au cours du dernier épisode, après s’être émerveillé / horrifié devant tout ce qu’on nous a montré, montre que "Halston" ne s’apparente pas au tout-venant de la production intensive Netflix. Il y a là un véritable « projet », avec un sujet fort – l’artiste face à la machine capitaliste américaine -, une esthétique puissante – soit un aspect assez habituel dans les séries de Ryan Murphy, dont le goût du kitsch provocateur a été adouci par la beauté des vêtements conçus par Halston -, un vrai parti pris de mise en scène, confiée à un seul directeur, le peu connu Daniel Minahan… Et des acteurs visiblement ravis de donner le meilleur d’eux-mêmes sur des dialogues pétillants, dans des situations pleines d’intelligence, avec en premier lieu un Ewan McGregor une nouvelle fois fantastique. Tour à tour odieux dans sa maîtrise de l’arrogance et du mépris, flamboyant de par l’énergie qu’il déploie, et finalement touchant dans la remarquable dernière partie de la mini-série… il est à lui seul la meilleure raison de regarder "Halston" !

Après, si vous vous intéressez, même de loin, à la création, que ça soit dans le domaine de la mode ou dans un autre, on sent que l’équipe de "Halston" a bossé pour essayer de nous faire saisir ce qu’est l’inspiration, ce que sont ces moments inouïs où des idées se matérialisent, et deviennent des œuvres d’Art qui soulèveront l’enthousiasme : là encore, la représentation de la pièce de théâtre finale dont "Halston" a conçu les costumes nous entraîne dans une rare communion avec le geste d’un créateur, et conclut la mini-série dans un mélange de mélancolie et de triomphe enivrant.

Et pour les autres, qui ne frémissent pas devant le tombé d’une robe ou devant le drapé d’un tissu, il reste encore mille choses à admirer ici : la recréation du New York de la fin des années 60 (le Velvet et son "Sunday Morning" en bande-son), puis des folles années disco avec la décadence éblouissante du Studio 54… et finalement l’horreur de l’explosion du SIDA qui décimera toute une génération dans l’indifférence générale d’une société bien-pensante hypocrite… Sans même mentionner une véritable réincarnation de Liza Minelli, jeune (Krysta Rodriguez, étonnante). Et puis, on l’a dit, il y a surtout cette description lucide de l’horreur d’un capitalisme sans âme qui détruit l’Art pour le rendre consommable, et rentable, portée par un Bill Pullman toujours plus ambigu.

S’il y avait un léger bémol à apporter à notre enthousiasme, ce serait sans doute du fait de la construction narrative trop classique de ce biopic en forme de « rise and fall », avec les inévitables excès de cocaïnes et ruptures avec les amis de toujours, tout cela ayant déjà été vu mille fois ailleurs… Mais cette réserve quant au « manque de surprise » du scénario est vite balayée par l’énergie vitale déployée par toute l’équipe, une énergie qui rend chaque minute de cette mini-série captivante.