Love Death and Robots Vol 2 affiche

Par rapport à la première mise en ligne de courts-métrages d’animation sous le titre "Love, Death & Robots" en 2019, rien n’a changé dans le principe de cette compilation pour le moins savoureuse, si ce n’est qu’on passe de 18 à seulement 8 œuvres. C’est dommage d’un côté, car la visibilité des courts métrages est, on le sait, un problème, qui empire encore lorsqu’il s’agit de courts-métrages d’animation… pour adultes. Et cette vitrine que Netflix offre à des créateurs, dont on imagine le travail titanesque pour créer de tels films de 10 à 15 minutes, est éminemment précieuse. Pour le téléspectateur, par contre, ce resserrement de l’offre sera peut-être vu comme un progrès : la « saison » tout entière peut être regardée en un peu plus d’une heure et demie, et, par rapport à la première, le niveau général de qualité est beaucoup plus soutenu. Il n’y a à proprement parler aucune réelle déception cette fois, et on trouvera pour chacun des courts-métrages une bonne raison d’apprécier soit le travail formel, soit l’inspiration, soit le sujet qui nous est offert.

Au niveau du graphisme, on pourra regretter que nos créateurs ne prennent pas plus de risques : alors que la BD continue d’explorer des modes de narration graphiques nouveaux, on reste ici dans une palette classique allant des codes Disney-Pixar ("Automated Customer Service", "All Through the House") à un réalisme – de plus en plus étonnant – que l’on a déjà admiré dans le domaine du jeu vidéo ("Snow in the Desert", magnifique…). Il n’y a guère que deux courts-métrages, "Ice" et "The Tall Grass" qui tentent quelque chose de différent, qui se détachent du coup du peloton : ce sont malheureusement les deux films aux scénarios les moins convaincants, comme si leurs créateurs s’étaient pour le coup tellement investis dans la forme qu’ils ont pensé pouvoir négliger le fond !

On reste ici – mais on suppose que c’est la règle établie vu le titre de la série – la plupart du temps dans des récits SF ou fantastiques relativement habituels : du western galactique façon "Star Wars" de "Snow in the Desert" à l’horreur domestique qui rappelle fortement l’œuvre colossale d’un Richard Matheson ("Automated Customer Service"), en passant par un fantastique très Stephen King pour "The Tall Grass" et par l’habituel fiction uchronique ("Pop Squad" et son monde dictatorial où, en échange de l’immortalité, l’humanité a dû renoncer à avoir des enfants).

Le défi, quasiment toujours brillamment relevé, est donc d’impliquer le téléspectateur le plus rapidement possible dans une fiction souvent relativement complexe, impliquant une découverte rapide d’un contexte et de codes nouveaux pour permettre à l’histoire de se dérouler : quand ça fonctionne bien, on regrette d’ailleurs que le film ne dépasse pas le quart d’heure (on aurait aimé voir ce que pourrait donner l’univers de "Snow in the Desert" étendu à un long-métrage…) !

Il est remarquable que la collection présentée cette fois joue aussi peu sur l’humour ("All Through the House" est une belle exception, basée sur une idée simple, efficace et finalement très drôle…), et que, au sortir de la série, le sentiment qui se dégage est bien globalement de déréliction, de perte et de profond désespoir…

… Et, puisque c’est obligatoirement la question qu’on se posera entre amis après avoir fini de visualiser ces 8 films, eh bien notre préférence à nous ira vers les deux seuls films qui font le pari de dégager une émotion plus complexe, plus profonde : "Pop Squad" et son déchirant « manque d’enfants », et le superbe "The Drowned Giant" , sans aucun doute le film le plus ambitieux de tous, qui s’interroge sur la manière dont nous « processons » l’extraordinaire, l’incompréhensible pour le faire rentrer dans notre quotidien.

On attend de pied ferme la prochaine collection, en espérant une qualité encore plus élevée. Allez, au boulot !