Oxygène Affiche

Le concept d’"Oxygène", le nouveau film d’Alexandre Aja, semble avoir été créé par une IA de la plateforme Netflix, tant il correspond aux algorithmes de celle-ci : un suspense de SF, reprenant sans vergogne des mécanismes déjà éprouvés ailleurs (en l’occurrence, le pitch du fameux "Buried" de Rodrigo Cortés, où l’on suivait en temps réel le calvaire d’un homme enterré vivant, dont le lien avec l’extérieur se réduisait à son téléphone portable. Et pourtant, "Oxygène" n’est pas une production Netflix, mais bel et bien un « film de cinéma » diffusé par la plateforme comme tant d’autres du fait de l’impossibilité d’une sortie en salles. Ce qui amène la question évidente : le film aurait-il plus d’impact sur grand écran, l’angoisse du personnage principal partagée au sein d’un public « empathique », ou bien, au contraire, le fait d’être témoin de ce confinement extrême dans la restriction de nos maisons où nous sommes nous-mêmes retenus n’est-il-pas finalement « idéal » (Et ce d’autant que le scénario fait mention, non sans opportunisme, d’un virus mettant en danger l’humanité…) ?

Le projet d’"Oxygène" a quand même intéressé pas mal de gens aux USA, dont Noomi Rapace, qui en est restée co-productrice, avant d’échouer entre les mains d’une équipe française avec Alexandre Aja à la réalisation et Mélanie Laurent et Mathieu Amalric au casting, et ce genre de périple indique souvent un script problématique : autant regarder la réalité en face, le scénario de Christie LeBlanc est le gros point faible du film, tant il s’ingénie à accumuler des motifs invraisemblables pour retarder les multiples révélations qui vont amener Liz (Mélanie Laurent, donc, plutôt convaincante dans ce qui est quand même un rôle difficile) à comprendre sa situation et à pouvoir espérer une résolution. Et cette obstination à créer des obstacles totalement improbables est particulièrement rageante, car on se dit que le simple travail de mémoire et de réflexion logique de Liz aurait suffi à alimenter le film en situations intéressantes, et à faire cogiter le spectateur avec le personnage, créant par là-même une empathie encore plus grande vis-à-vis du calvaire de la « prisonnière » : ce n’est pas le chemin suivi, sans doute parce que, dans le fond, ce « cinéma de divertissement » sous-estime la capacité d’attention de son spectateur, et préfère l’alimenter par des faux rebondissements au prix de toute crédibilité…

Malgré cela, le visionnage d’"Oxygène" n’est pas une perte de temps complète, parce que le travail d’Aja à la mise en scène est impeccable, parce que, on l’a dit, Mélanie Laurent est très bien (on peut être plus réservé sur le travail vocal d’Amalric, un peu à côté de la plaque…), et parce que la découverte progressive, dans la seconde partie du film, de la situation dans son ensemble ne manque pas de « souffle »… Et nous ramène à un thème de la SF qui est bel et bien d’actualité, celui de notre survie à tous.