Sans aucun remords affiche

Ne nous illusionnons pas : même dans les années 80 / 90, la littérature de gare de Tom Clancy était déjà inepte et réactionnaire, et les adaptations de ses livres sur Jack Ryan n’ont jamais donné lieu à grand-chose de potable, en dépit des efforts méritoires de l’ami Harrison Ford. Alors, il n’y a aucune surprise à ce qu’en 2021, même avec tous les efforts investis pour réactualiser les scénarios anti-Soviétiques en scénarios anti-Russes (on plaisante…), le (télé)spectateur ressente la même lassitude, le même profond désintérêt devant ces histoires de commandos américains quasiment invincibles – dans la scène d’introduction du film, à Alep, ridicule – et de manipulations politiques dont sont victimes les braves soldats dont on abuse du patriotisme et de la loyauté (« Honneurs à nos vétérans ! »).

Le Studio Amazon a clairement investi dans les droits de « l’œuvre » de Tom Clancy puisque, après la série TV faiblarde sur Jack Ryan, voici qu’il prévoit de déployer une série de films autour du personnage de John Kelly, dont "Sans Aucun Remords" constitue le début. Bénéficiant de moyens conséquents, d’un casting solide autour de Michael B. Jordan – d’ailleurs plutôt convaincant, mais là n’est malheureusement pas la question… -, et du recrutement d’un « auteur européen » déjà passé depuis longtemps du côté obscur de la force puisque tâcheron corvéable à merci sur des séries d’action à l’américaine, soutenu qui plus est par une campagne Marketing non négligeable en ces temps de confinement, "Sans Aucun Remords" n’échappe malheureusement pas à son destin inévitable de film-kleenex, qui ne laissera aucune trace dans les mémoires ni dans la fantastique histoire du cinéma.

Notre bienveillance nous forcera à passer sur le scénario prévisible (tout le monde aura compris de quoi il retourne à la moitié du film) et le choix absurde du réalisateur de filmer la majorité des nombreuses scènes d’action de "Sans Aucun Remords" dans l’obscurité, les rendant largement illisibles, mais il est difficile de ne pas tiquer sur l’idéologie bien bien réactionnaire de cette histoire de vengeance individuelle d’un Navy Seal dont l’épouse a été tuée lors de l’intervention d’un commando armé chez lui : pour Tom Clancy, comme d’habitude d’ailleurs, l’armée américaine a clairement le droit de tuer qui elle veut quand elle veut, sans autre forme de procès. Et sans aucun remords, comme le titre du livre et du livre l’indiquent clairement.

On redoute maintenant que, malgré la volée de bois vert que reçoit en ce moment le film de Sollima, Amazon décide de poursuivre l’aventure : cette littérature et ce cinéma « de dinosaures » mériterait bien d’être balayé de la surface de la planète par une météorite bien placée !