No_More_Heroes

Cinq mois seulement après la parution - qui fit grand bruit - de "Rattus Norvegicus", les Stranglers reviennent déjà avec de nouvelles chansons... même si ce second album récupère trois chansons qui avaient été délaissées lors de la sélection des titres de son prédécesseur, dont le très faible "Peasant in the Big Shitty", seul vrai problème de "No More Heroes". Mais, alors que leur premier effort laisser planer encore un doute sur l'ADN du groupe, ici, avec l'aide de la production au rasoir d'un Martin Rushent qui a resserré ici tous les boulons, on a affaire à un "vrai groupe punk", et à l'un des plus radicaux qui soit en 1977.

D'une certaine manière, "No More Heroes", album parfois malaimé - car peu aimable, indiscutablement - est le véritable acte de naissance du groupe, et sans aucun doute l'une de leurs œuvres les plus extrémistes : ici les Stranglers jouent dur, ramassé, puissant, concis, et même le virtuose Dave Greenfield a réduit l'ampleur de ses claviers pour les rendre plus tranchants. Chaque chanson est une véritable tuerie : sur des paroles au vitriol, tantôt ironiques (la caricature du racisme de l'Anglais moyen de "I Feel Like a Wog"), tantôt purement provocatrices (l'obscénité assumée de l'incroyable "Bring On the Nubiles" avec ses lyrics aujourd'hui inimaginables : "I want to love you like your dad / ... / kiss your zone erogenous / There's plenty to explore / I've got to lick your little puss / ... / Lemme fuck ya / Lemme fuck ya, etc."), le groupe vomit sa haine de toutes les institutions (voir la charge contre le milieu de l'enseignement sur l'obscène "School Mam"), et exsude un mépris qu'il déverse généreusement sur tous et toutes.

Bref, les "Stranglers" mettent ici un point d'honneur à ne pas être sympathiques, et du coup, dépassent tous les jeunots qui se croient "punks" parce qu'ils lâchent des glaviots et portent des t-shirts déchirés. Mais, puisque, évidemment, rien n'est simple, cet album confirme la mise en place d'une recette qui va permettre au groupe de triompher de quasi toutes les résistances par la suite : un art de la composition que peu de groupes contemporains maîtrisent aussi bien. Et qui culmine ici avec l'un des plus beaux titres de toute leur discographie, l'inusable "No More Heroes" : introduction dantesque à la base, orgue virevoltante, paroles impayables et pourtant mortellement sérieuses sur l'absence pour leur génération de véritables leaders d'opinion, et refrain qui vous dévore le cerveau et qui, une fois entré, n'en ressort plus jamais.

Oui, ce groupe féroce nous était déjà essentiel. Et l'album suivant allait encore en rajouter une couche.