Quicksand Affiche

Les fusillades dans les écoles ne sont heureusement pas devenues (encore ?) en Europe ces faits divers atrocement banals qui reviennent comme des cauchemars récurrents dans la société états-unienne. Elles constituent toutefois, au-delà de la question, certes essentielle, de la mise à disposition facile d’armes à feu, un vrai sujet pour qui s’interrogerait sur la noirceur qui est en nous – et, pire encore, en nos enfants – et qui pourrait, un jour – qui sait ? -, s’exprimer ainsi.

Quicksand est une mini-série suédoise adaptée du « roman policier » Rien de plus grand de Malin Persson Giolito, remarqué à sa sortie en 2016, qui revient – en respectant le format très classique des flashbacks entremêlés avec le présent – sur ce qui a pu pousser Maya, une jeune fille de 18 ans de la bonne société suédoise, bien sous tous rapports, à accompagner son petit ami pour perpétuer un massacre dans sa salle de classe.

Malheureusement, si l’idée de reprendre le mécanisme d’introspection psychologique et de dévoilement progressif des raisons d’une folie qui fonctionne si bien dans The Sinner est tout-à-fait acceptable, Quicksand accumule peu à peu tant de problèmes qu’il devient progressivement impossible d’adhérer au propos de la série. Car comment ne pas tiquer devant le défilé de clichés auquel se résume cette chronique de la vie des jeunes et moins jeunes millionnaires de Stockholm, entre fêtes délurées, alcool à volonté et drogues de plus en plus dures ? Comment ne pas soupirer devant les habituels secrets familiaux et l’endémique manque d’amour maternel / paternel qui justifie forcément la haine ? Comment ne pas grincer des dents quand on voit déclinés à l’écran sans aucune vergogne tous les clichés raciaux les plus éculés, qu’on espérerait dépassés vingt ans après le début du XXIè siècle : le « basané » dans la société suédoise n’existe qu’en tant que dealer sans morale ou bon élève – menteur, quand même, car on ne saurait confier totalement en ces salopards de réfugiés politiques syriens - appliqué à rejoindre l’élite blanche de la nation ?

Sans doute sommes-nous trop durs, saturés que nous sommes depuis des mois de séries TV de plus en plus conventionnelles, car Quicksand fait quand même son boulot de manière correcte, « by the book » oserait-on dire : on a de l’empathie pour les personnages, et surtout, bien entendu, pour la jolie Hanna Ardéhn, à la fragilité tout-à-fait crédible ; on a hâte de connaître l’issue de cette histoire… même si l’on peut sérieusement tiquer sur la malhonnêteté intellectuelle d’une construction qui tient jusqu’au bout le spectateur à l’écart de faits importants qui sont connus de tous les personnages, ce qui devrait disqualifier normalement tout roman ou film policier !)…

Mais à la fin, quand le sixième épisode se conclut sur un retour lénifiant « à la normale », une fois que toutes les questions soulevées ont été dûment adressées par un scénario qui préfère décidément le soleil de la Côte d’Azur aux brumes nordiques, et le retour à l’ordre établi dans un monde où la moindre interrogation sur l’ordre économique est qualifiée de « communiste », on se dit que Quicksand est une minisérie bien antipathique.