Pin_Ups

Derrière une photo iconique - Ziggy et Twiggy, ("the Wonderkid") masqués par Pierre Laroche - se dissimule le premier album "problématique" à date de la discographie de Bowie. Les Spiders partent en sucette, avec le départ de Woodmansey remplacé par l'efficace Ainsley Dunbar, et la musique sonne incroyablement "creux", artificielle, sans plus rien de l'âme des chansons - pour beaucoup, légendaires- ici reprises. On peut peut-être dire que c'est exactement le concept, transformer des chansons "de chair et de sang" en "pin ups" de papier glacé, mais quelle frustration...

Pourtant Bowie semble chanter en y mettant le plus de cœur possible. Pourtant, on peut dire que, avec "The Man Who Sold the World", il s'agit là de l'album de plus "Rock" de Bowie. Et pourtant, toutes ces chansons sont bonnes, et quelque chose résiste, çà et là, à ce traitement anesthésiant qui leur a été réservé : il faut dire que Bowie a du goût, et que, en rendant hommage aux années dorées du Swinging London, au sein desquelles il a construit son personnage, sa démarche artistique, il fait les bons choix... Them, les Who, les Pretty Things, les Kinks, les Yardbirds, le Pink Floyd de Barrett, il y a du lourd sur la track list !

Peut-être peut-on imputer au principe même de départ de l'album son manque d'âme : il ne s'agit pas là de rendre hommage à de profondes influences musicales - on sait que Bowie l'a déjà fait, sur "Hunky Dory" par exemple, en célébrant Dylan et Lou Reed -, mais seulement de faire revivre pour un dernier tour de piste les fantômes d'un passé qui a compté, mais qui n'est plus. A ce titre, la conclusion sur le "Where Have All The Good Times Gone ?" des Kinks est sans ambigüité. Et ce n'est pas non plus une coïncidence si les deux meilleurs titres de l'album sont sans doute "Friday On My Mind" des Easybeats et "Sorrow" des Merseys : deux groupes qui ne sont pas passés à la postérité, deux chansons sans histoire, sans destin, que Bowie peut enfin pleinement habiter...

Mais Bowie n'est finalement pas vraiment là, sur "Pin-Ups", il ne fait qu'essayer des tenues cliquantes, chacune pendant moins de 3 minutes. Il prend des poses, imite (singe ?) les artistes originaux, il prend la pose, il s'imagine de retour dans ce Londres coloré et superficiel auquel il va très vite - dès l'album suivant - tourner définitivement le dos. Et tout cela n'a absolument aucune, mais aucune importance...

PS : attention néanmoins de ne pas faire l'erreur d'acheter une version de cet album incluant les covers de Brel et de Springsteen stupidement rajoutées par la maison de disques : quel que soit l'intérêt de ces chansons - et on peut les apprécier - elles dévoient totalement le concept de "Pin-Ups" !