Paris Police 1900 affiche

Le nom de Fabien Nury est certainement la plus belle référence qui soit pour ce "Paris Police 1900", parce qu'on a certainement en tête, parmi tant d'autres livres remarquablement écrits, la réussite de sa saga "Il était une fois en France" sur la période de l'Occupation... et qu'on espère, du coup, retrouver le même talent au service de cette série policière et historique traitant de la situation politique désastreuse de la France en 1899, alors que l'Affaire Dreyfus n'en finit pas de miner la société et le système politique en place.

Et de fait, même si, étonnamment, la série semble avoir un peu de difficultés à démarrer avec trois premiers épisodes qui paraissent hésiter quant à leur sujet, voire leur traitement de ce sujet, on retiendra surtout de ce "Paris Police 1900" la qualité de son écriture, la complexité de sa narration qui reste pourtant toujours claire, et le refus du simplisme habituel au genre - même si, là encore, dans les premiers épisodes, il y a une certaine tendance à caricaturer les "méchants" de l'histoire, et en particulier le leader de la ligue Anti-Juif, ce Jules Guérin qui passa seulement à la postérité pour le fameux épisode du siège par la police parisienne de "Fort Chabrol", d'ailleurs conté en détails ici.

On a donc affaire ici à un mélange entre enquête policière autour d'un corps féminin découpé en morceaux retrouvé dans une valise flottant sur la Seine, et chronique historique des luttes intestines dans la police de Paris, qui se déchire comme la société toute entière autour du thème de l'antisémitisme. Avec, objectivement, un plus gros intérêt pour cette partie historique, a priori bien documentée et relativement fidèle à la réalité des faits, que pour la partie "thriller" qui fait finalement long feu, et ne débouche pas sur une résolution très claire (... ou alors c'est nous qui n'avons pas tout compris !).

Extrêmement sombre, jusque dans une image qui n'est pas toujours très séduisante, "Paris Police 1900" nous décrit une société brutale, hypocrite, raciste et sexiste (le sort réservé aux femmes est l'un des grands sujets, en fait, de la série...), à proprement parler terrifiante, qu'on a du mal à accepter quand on pense qu'on parle là de la réalité française il y a 120 ans seulement... Oui, répétons-le, c'est bien par sa manière de croquer des personnages réels et de nous faire comprendre l'ampleur des épreuves qu'ls affrontent, et l'impact - ou non - qu'ils eurent sur leur temps que Nury nous passionne : le plus beau personnage masculin est ici celui du Préfet Lépine, qui œuvra patiemment pour la modernisation de la police et pour la mettre au service des Parisiens, et il justifie à lui seul la vision de la série...

... d'une série qui, il faut bien l'admettre, n'est pas exempte de faiblesses, et en premier lieu une interprétation / direction d'acteurs largement en dessous de ce que l'on attend d'une œuvre aussi ambitieuse : par delà un personnage principal falot et irritant (l'inspecteur Jouin), mal porté par Jérémie Laheurte, on a régulièrement du mal à croire à certaines scènes du fait d'un jeu globalement assez faible de l'ensemble du casting. Cela fait mal de l'écrire, mais, par moments, on est avec "Paris Police 1900" dans un registre rappelant l'amateurisme des productions télévisuelles de l'ORTF plutôt que celui de la série contemporaine.

Bref, une série qui a de nombreux atouts mais aussi pas mal de défauts, que certains pourront, et c'est leur droit, juger rédhibitoires.