Spider Man 2 affiche

Alors que "Spider-Man" nous avait séduits en proposant un portrait juste, à la fois drôle et touchant du passage à l'adolescence, ce deuxième volet consacre la maturité de Sam Raimi comme réalisateur : en vrai "auteur" de ce blockbuster au budget démentiel, il détourne sa commande pour réaliser un film terriblement dépressif et émouvant, s'attachant plus qu'il ne serait raisonnable à peindre la vie difficile que Peter Parker mène du fait de ses choix (... mais s'agit-il vraiment d'un choix ?). Ne reculant devant rien (si l'on pense à la scène, terriblement culottée, de la "pieta" dans le métro, qui fonctionne pourtant magnifiquement), il dépeint une Amérique en proie au doute, où le Bien et le Mal sont inextricablement mêlés, dans une suite de scènes terriblement touchantes et pourtant joliment spectaculaires.

En effet, Sam Raimi ne lésine pas cette fois sur le spectacle, profitant des progrès fulgurants réalisés en 2 ans par les responsables d'effets spéciaux, et réussit cette fois toutes les grandes scènes d'action de la seconde partie de ce "*Spider-Man 2" mémorable. Mais c'est surtout grâce à son "méchant" à l'émouvante complexité, magnifiquement incarné par un Alfred Molina dégageant une empathie troublante, qu'il arrive à substituer au duel final - mécanisme usé depuis des décennies de cinéma - une sorte de double sacrifice qui acquiert même une improbable majesté au milieu du chaos de circonstances : entre un Doc Ock qui refuse de "mourir en monstre" et un Spider-Man qui renonce à l'amour, le message de la "responsabilité" de tout un chacun vis à vis de la société passe avec clarté et sans lourdeur.

Quelque part, il faut admettre en revoyant ce film, près de 20 ans plus tard, qu'il va totalement à l'encontre de la "philosophie" tapageuse du blockbuster disneyen actuel (pour peu qu'il y en ait une, de philosophie !) et qu'il renoue pleinement avec l'innocence du grand cinéma populaire d'autrefois...