Palm Springs affiche

Soyons objectifs : un film qui ose inclure le "Barracuda" de John Cale dans sa BO est forcément film incontournable. Alors quand on y ajoute quelques mesures, trop brèves, du "Partisan" de Leonard Cohen, il va nous être très difficile de ne pas être positifs, voire raisonnablement enthousiastes à propos de "Palm Springs". Déjà, au départ, le fait de reprendre, quasiment à l’identique, le principe la boucle temporelle de la meilleure comédie des trente dernières années, "Un jour sans fin", ressemble à la pire des idées possibles, et à une garantie de réaliser un film qui ne pourra qu’être cloué au pilori : il a donc fallu une bonne dose d’inconscience, à Max Barbakow, dont c’est le premier long-métrage, pour sortir le script de "Palm Springs" de son chapeau, et trouver le moyen de renouveler et le sujet et les péripéties du chef d’œuvre d’Harold Ramis

Alors, comment s’y prend-il ? D’abord en incluant deux autres personnages dans la boucle temporelle infinie où Nyles est enfermé, ce qui permet de changer profondément le sujet du film, qui n’est plus la nécessité de retrouver une certaine vérité humaine en soi, mais au contraire, de trouver le moyen de vivre avec les autres : ce n’est pas d’une profondeur incroyable, mais ça reste un message de tolérance plus que pertinent en notre époque où tout ce que disent et ce que font les autres semble devenir une source d’irritation permanente. L’autre chose qui démarque "Palm Springs" de "Un Jour sans Fin", et c’est sans doute là la vraie faiblesse de son scénario, c’est d’avoir choisi de sortir du conte de fées / du récit fantastique qui ne nécessite aucune explication, pour aller chercher du côté de la physique quantique une sorte de rationalisme scientifique, qui non seulement n’apporte rien au film, mais en retranche au contraire de la fantaisie, et débouche qui plus est sur une conclusion bâclée et frustrante (partiellement compensée, heureusement, par une jolie scène durant le générique de fin…)… Sans même mentionner l’erreur logique de l’absence de la chèvre dans les boucles suivant son départ, mais admettons qu’il est rare qu’un film sur les paradoxes temporels n’ait jamais aucune faille !

Même si, curieusement, les personnages de "Palm Springs" ne font jamais référence à "Un Jour sans Fin", qu’ils connaissent forcément, Barbakow est quant à lui assez malin pour partir du principe que nous, spectateurs, connaissons nos classiques : "Palm Springs" gagne en légèreté en nous épargnant le ressassement et en allant directement à la partie ludique des répétitions sans conséquences : blagues potaches, crises radicales, attitudes provocatrices et extrêmes, suicides spectaculaires, tout est là à nouveau, pour notre plus grand plaisir. Avec bien sûr, le must de la construction d’une histoire d’amour entre lui – « voyageur temporel » nihiliste à force d’avoir perdu tout espoir d’un lendemain différent – et elle – jeune fille déjà usée par une vie en dessous de ses attentes : tout cela est certes prévisible, comme toute comédie romantique se doit de l’être, mais le scénario nous réservera quand même à mi-parcours une petite surprise qui fait sortir le film de ses rails.

Mais finalement, ce qui fait que "Palm Springs" est réellement, malgré ses limites – trop superficiel ? trop convenu ? -, un film plaisant, c’est son excellente direction d’acteurs (le beau casting réuni ici se montre constamment brillant, avec, sans surprise, la palme revenant à un J.K. Simmons impérial comme toujours), mais aussi la belle alchimie qui existe visiblement entre les deux personnages principaux (Christin Milioti et Andy Samberg) qui confère une vraie crédibilité à cette relation paradoxale qui s’étoffe sous nos yeux. Joliment rythmé, avec un sens du timing digne de la comédie US la plus « classique », "Palm Springs" pourrait bien augurer de l’apparition d’un véritable disciple de Harold Ramis, en ces temps où la comédie est un genre sinistré.

En tous cas, merci pour "Barracuda" !