Adu affiche

Le drame des migrants est sans doute l'une des catastrophes planétaires actuelles les plus affreuses, et l'on sait que les choses ne s'arrangeront pas avec l'intensification des changements climatiques. On peut donc trouver que le cinéma s'intéresse bien trop peu à ce sujet, qui est pourtant - si l'on est même froidement "objectif" - riche en potentiel scénaristique et émotionnel. On ne fera donc pas l'impasse sur cet "Adú" espagnol, sorti déjà en France depuis plus de six mois dans l'indifférence générale, alors qu'il aura été très remarqué en Espagne et aura récolté de nombreuses nominations aux Goyas (les Césars locaux). La présence du formidable Luis Tosar au générique ajoute incontestablement un intérêt supplémentaire au premier film "de cinéma" du réalisateur de télévision Salvador Calvo.

On ressortira malheureusement de "Adú" passablement déçus, voire irrités : car, comme si le drame du très jeune Adú forcé de quitter son foyer et son pays, le Cameroun, suite à l'assassinat de sa mère, pour aller retrouver son père, immigré à Madrid, n'était pas un sujet suffisant, Calvo et ses scénaristes ont pris la très mauvaise décision d'entremêler les épisodes de l'odyssée de l'enfant de deux autres fils narratifs, lâchement reliés : d'une part la menace pesant sur un groupe de policiers à Melilla ayant causé la mort d'un migrant tentant de franchir la barrière entre ce territoire espagnol et le Maroc ; de l'autre les rapports difficiles entre un père égoïste et se souciant avant tout de protéger ses éléphants menacés par la contrebande d'ivoire, et sa fille rebelle, tâtant occasionnellement de la drogue...

Le résultat est très, très triste, tant ces deux récits additionnels manquent d'intérêt, de profondeur, de crédibilité même, et ne font que nous faire perdre du temps, en nous éloignant du véritable sujet du film. Malgré la prestation époustouflante de Moustapha Oumarou dans le rôle d'Adú (bouleversant et crédible en toutes circonstances...), on se retrouve peu à peu déconnectés de son histoire par ces va-et-vient inutiles. Pire encore, en ne nous montrant que des fragments épars de l'odyssée de l'enfant entre le Cameroun et le Maroc, on ne ressent même plus l'épreuve infernale que représente forcément un tel périple.

Bref, "Adú" est un ratage que l'on peut qualifier de "stupide", car un minimum de réflexion aurait dû convaincre ses auteurs de ne pas gâcher ainsi le potentiel de leur sujet. A moins, et c'est bien là une pensée terrible, qu'ils aient jugé que le public espagnol (occidental) n'aurait pas envie de regarder un film où tous les protagonistes seraient africains ?