The Dig affiche

Il n'y a aucune raison a priori d'avoir envie de regarder "The Dig", dont la bande-annonce est aussi peu excitante que possible : on imagine bien une "anglaiserie" de circonstance, avec campagne sous le soleil ou sous la pluie mais toujours aussi belle, et histoire d'amour crépusculaire et maudite entre un vieil "digger" bourru, spécialiste des excavations archéologiques difficiles, et une jeune veuve condamnée par ses problèmes cardiaques. L'horreur !

Et puis, non: tout compte-fait, on se retrouve devant un film qui dévie rapidement de son programme convenu pour aller faire un peu n'importe quoi : faire passer sans prévenir ses personnages principaux au second plan pour raconter des histoires différentes, éviter toutes les scènes prévues pour plutôt rôder sur des territoires assez indéfinis. Le mélodrame devient rapidement une jolie réflexion philosophique sur l'absurdité de la vie lorsqu'elle se focalise sur le passé - les fouilles et les batailles entre les musées pour se les approprier - aussi bien que sur l'avenir - bien impossible à prédire, alors que Hitler lance ses troupes sur l'Europe et que la Grande-Bretagne entre en guerre. Seul compte le présent, fragile mais bien tangible, et de micro moments de félicité, magnifiquement suspendus au-dessus du gouffre de l'existence. Et ça, c'est très, très beau, même si ça frustrera plus d'un spectateur qui attendait sans doute quelque chose de plus... consistant.

"The Dig" est très bien réalisé par un Simon Stone inconnu au bataillon, ou plutôt qu'on n'avait pas encore repéré, et qui se permet des audaces dans la manière joliment étourdissante dont les scènes débordent les unes sur les autres au niveau sonore, sans que cela paraisse jamais de l'affèterie ou de la virtuosité gratuite. Ralph Fiennes est comme toujours brillant, dans un rôle vieillissant encore inhabituel auquel il confère une densité terrienne remarquable, mais on ne peut s'empêcher de remarquer le charisme superbe de Johnny Flynn (le Bowie de "Stardust", qu'on attend encore de voir...), qui forme avec la douce Lily James un couple très crédible.

Bref, "The Dig" est une vraie réussite, un film qui choisit de parler avec légèreté de l'échec auquel tout être humain est condamné (avec cette phrase terrible dite par Basil à un enfant : "We all fail. Every day. There are some things we just can't succeed at no matter how hard we try."...), et qui trouve dans une vraie humilité et une légère douce-amertume une justesse émotionnelle inattendue.