L Anomalie

Avant d'être un bon livre, un très bon livre même, "l'Anomalie" est une.. anomalie : un Goncourt qui ressemblerait presque à un livre de SF, du jamais vu - au moins à notre connaissance - en France. Est-ce que, alors que le cinéma français commence à explorer - avec (trop de) prudence - le cinéma de genre, la littérature française serait prête à se mettre aussi en danger ?

A partir d'une idée très "high concept", qui réjouira aussi bien les très nombreux adeptes - dont je fais partie - de P. K. Dick, que les nostalgiques de Daniel F. GalouyeHervé Le Tellier nos scotche littéralement au moment de la "révélation" survenant à mi-parcours, et cela faisait bien longtemps qu'un romancier français n'avait pas réussi ce tour de force, sans pour autant jeter aux orties le goût de la belle écriture qui nous distingue encore du tout-venant anglo-saxon.

Bien entendu, une fois le choc passé, on se retrouve un peu désorientés, et pendant une trentaine de pages, on trouve que "l'Anomalie" tourne un peu en rond, avant que le projet de Le Tellier se révèle dans toute son ampleur : on comprend alors pourquoi l fallait qu'il y ait "trop" de personnages dans ce livre, qui permet une couverture raisonnable des champs du possible.

Le livre se termine superbement en poussant jusqu'au bout de sa logique la belle idée qui l'a nourri, même s'il semble que de nombreux lecteurs ne goûtent pas cette conclusion, pourtant... inévitable.

De toute manière, avant d'en arriver là, on aura savouré une superbe chronique mi-désespérée, mi-drolatique des travers de notre époque perdue, croquée avec une justesse et une simplicité montrant que Le Tellier a un vrai talent, qui va au-delà du tour de force scénaristique de ce livre. On lui pardonnera même d'avoir été par trop pessimiste en imaginant que Trump serait réélu. Non pas d'ailleurs que la fin de "l'Anomalie" risque d'être différente avec Biden en Commander-In-Chief.