blue-period-1 couverture

Il faut d’abord préciser que "Blue Period", de Tsubasa Yamaguchi, a été l’un des mangas « pour adultes » les plus primés au Japon de ces dernières années, et on attendait avec impatience sa publication en France : ce sera chose faite grâce à Pika Edition à partir de ce mois de janvier. On savait bien entendu que le sujet de "Blue Period" était l’apprentissage de la peinture par un jeune lycéen à la fois studieux et marginalisé, qui cherche sa voie, et va la trouver dans l’Art.

Ce que l’on découvre à la lecture de ce premier volume, c’est que l’approche de Yamaguchi est avant tout « pédagogique » : un peu comme ce fut le cas avec le triomphe il y a quelques années des "Gouttes de Dieu" dans le domaine de l’œnologie, voilà une œuvre qui semble vouloir avant tout convaincre le public japonais de s’intéresser à l’Art, et à la peinture en particulier, voire même à se lancer dans sa pratique. On doit reconnaître que c’est là un rôle de la Bande Dessinée – l’éducation du lecteur – qui surprend toujours un peu du point de vue occidental, où l’on considère le 9è Art avant tout comme un divertissement. D’ailleurs, à sa publication aux USA, "Blue Period" a reçu certaines critiques négatives pour son excès… d’informations techniques ! En sera-t-il de même chez nous ?

On commence par découvrir la vie quotidienne de l’attachant Yatora Yaguchi, qui correspond largement aux stéréotypes du genre (… avec, malheureusement, cette tendance des mangakas – même féminins comme Tsubasa – à représenter les lycéennes d’une façon ultra-sexy qui nous choque de plus en plus vu nos préoccupations croissantes quant à la représentation de la femme…). "Blue Period" décolle heureusement très vite : quand Yatora se découvre des sentiments inédits, dans son existence ennuyeuse d’adolescent gâté par la vie, en contemplant un tableau réalisé par une collègue lycéenne en cours d’Art, il trouve littéralement sa… vocation ! Et Yamaguchi réalise un véritable tour de force dans les pages qui suivent, en nous faisant partager de manière très intime le trouble qui envahit Yatora : "Blue Period" devient très touchant, très intime, ce qui rend totalement crédible le virage radical que va prendre la vie de Yatora à partir de ce moment, en réalisant son premier tableau (de couleur bleue…) puis en choisissant de rejoindre les étudiants en Art.

La seconde partie de ce premier chapitre est celle qui est la plus didactique, donc la moins immédiatement enthousiasmante : Yamaguchi y explique d’abord le cursus universitaire au Japon, le parcours difficile de ceux qui veulent sérieusement le suivre, et entre ensuite dans les aspects techniques du dessin, puis de la peinture à l’huile. Toutes ces explications techniques pourront fatiguer les lecteurs qui n’ont pas forcément envie de « prendre un cours d’art graphique », mais ce serait dommage de passer à côté de l’originalité du projet de Tsubasa Yamaguchi, l’autrice ayant fait le choix d’inclure dans son livre des œuvres d’art véritables exécutées par d’anciens professeurs à elle, des amis étudiants, etc.

Oui, comme "les Gouttes de Dieu" a pu faire découvrir l’univers passionnant du vin à de jeunes gens qui y étaient réfractaires, "Blue Period" risque bien de convertir au dessin et à la peinture certains d’entre nous qui pensent, comme c’est le cas du protagoniste du livre, qu’ils n’ont « rien de spécial »… « Je vais m’entraîner jusqu’à devenir aussi bon qu’un génie… C’est pas plus compliqué que ça ! » sont plus ou moins les dernières paroles de ce premier tome. Acceptons en l’augure, et suivons Yatora dans son apprentissage… jusqu’à sa « période bleue »…