2030

Nous qui lisons Djian depuis les… origines (37°2 le matin, à cause du film bien entendu…), et avons appris à le chérir, avec ses ambitions stylistiques et ses histoires qui tournent toujours autour des mêmes conflits, finalement caractéristiques d’un « vrai auteur », pour le meilleur et pour le pire, étions excités à l’idée d’un livre de… science-fiction. De la SF sans risques, bien entendu, car on imaginait bien que Djian ne ferait pas dans la prospective ni dans le space opera. Et puis, dix ans dans le futur, ce n’est pas grand-chose… juste l’opportunité d’aller voir un peu ailleurs ce qui nous arriverait.

Philippe Djian, comme vous et moi – mais guère plus, on le verra – se fait du souci pour la planète, et l’écologie est un sujet qui s’impose naturellement quand on imagine le futur. 2030 nous parle donc du temps, terriblement déréglé, ma brave dame, autour de cet éternel lac et des habitants plutôt bobos qui habitent sur son littoral. En 2030, les personnages de Djian, adolescentes révoltées ou femmes mûres un peu perdues dans leur tête, ont Greta Thunberg – non nommée ici, par coquetterie ou parce qu’elle est innommable ? – comme modèle et comme guide ; pendant ce temps-là, les mecs font bouillir la marmite en s’asseyant bravement sur leurs principes : le labo de nos « héros » bidouille les chiffres pour que les pesticides continuent à être autorisés, il faut bien sauver l’entreprise et les emplois ! Dans les rues, les manifestants écolos et les manifestants anti-écolos se castagnent, tandis que la police évite largement de s’en mêler…

Bref, un bon point de départ pour 2030… mais qui est malheureusement aussi son point d’arrivée. Car Djian ne fera absolument rien de ce qu’on pensait être le sujet de son livre, et va retourner rapidement à ses habituelles histoires de conflits parents – enfants, d’adultère et de mal être des quarantenaires / quinquagénaires. En moins bien même que dans ses livres précédents, car ici, l’intrigue sentimentalo-psychologique s’avère particulièrement insignifiante, presque ridiculement désuète, ce qui est un comble pour un livre qui se passe dans le futur. Courageusement, la couverture de 2030 pose une bonne question : négligeons-nous la planète de la même manière que nous négligeons ceux que nous aimons ? Cette question, on n’a même pas l’impression que Djian se la soit même posée.

Une dernière remarque : les inventions formelles de Djian nous ont séduits, amusés un temps. Ces ellipses culottées qui font sauter des éléments-clé du récit, ces informations importantes livrées au compte-gouttes et sans avoir l’air, cette ponctuation réduite à portion congrue, ces dialogues intégrés dans la narration, ça finit par ne plus guère faire sens au bout de tant de livres. D’ailleurs, on remarque que Djian lui-même trahit les règles qu’il s’est imposé : il explique ce qui s’est passé pendant la fameuse ellipse, et va même jusqu’à rajouter quelques « dit-il » ou « répondit-elle » alors qu’il s’était bien juré, nous semble-t-il de ne jamais le faire !

Il est temps, Philippe, de passer à autre chose, non ?