Christophe_Honore_les_Corps_Liberes

On a quelque fois du mal à convaincre les jeunes cinéphiles du XXIè siècle que le cinéma français a été, pendant la plus grande partie du siècle précédent, un phare pour les auteurs, les réalisateurs, les acteurs même du monde entier. Que la France, décennie après décennie a engendré les plus grands talents du 7ème Art. Jusqu’à ce que, peu à peu, quelque chose semble s’épuiser dans notre « génie national », et que les noms français se fassent de plus en plus rares dans les listes de nos cinéastes préférés. Depuis Maurice Pialat, dont l’apogée du talent remonte à près de 30 ans, combien de noms citons-nous religieusement quand on nous demande de quel réalisateur français nous attendons avec impatience le prochain film ?

Il y a quand même le cas de Christophe Honoré, un auteur étrange, dont on déteste allègrement certains films, autant qu’on en adore passionnément d’autres. Un cinéaste au style plus hétérogène qu’il est d’usage d’attendre d’un auteur français, en respectant les sacro-saints préceptes de notre fameuse « politique » des dits auteurs ! Et donc, comprendre la place d’Honoré dans le cinéma actuel, ou plus exactement dans le territoire de la culture française actuelle puisqu’Honoré est aussi écrivain – entre autres pour enfants – et auteur de théâtre, est loin d’être aisé… Et c’est là où l’essai de Mathieu Champalaune (critique de cinéma et journaliste), "Christophe Honoré – les Corps Libérés" s’avère particulièrement précieux, puisqu’il explique et illustre impeccablement les sources d’inspiration, ainsi que les grands thèmes qui traversent l’œuvre protéiforme de Christophe Honoré.

La musique, que ce soit le rock indie et la pop anglaise, régulièrement inscrits dans ses films (on se souvient en particulier de la bande-son émouvante de "Plaire, Aimer et Courir Vite"), la chanson française plus « classique » (BarrièreFerratAznavour) ou encore la musique classique et l’opéra, nourrit les histoires et les sentiments de ses films : Champalaune explique combien le mélange de formes artistiques est fondamentale chez Honoré, pour qui « il s’agit toujours de dialoguer avec son époque et de créer des ponts avec des œuvres issues de différents mediums ». Plus loin, il souligne la tendance d’Honoré à intégrer dans son monde des acteurs d’horizons divers, de familles différentes du Cinéma français, là encore pour « embrasser la culture au sens large, sans se poser de limites ».

Que cela soit l’influence de la croyance religieuse, l’importance de la chambre au cœur de la ville comme lieu originel de création (la bedroom pop des Smiths devient un bedroom cinema chez lui…), et peut-être surtout l’importance démesurée – et très ambigüe – de la famille, tous les thèmes explorés dans "Christophe Honoré – les Corps Libérés" sont riches en opportunité de réflexion, à partir des films que l’on a vus, que l’on a aimés ou détestés, ou qui nous restent encore à voir… Le tout culminant dans un dernier chapitre et une conclusion mettant l’accent sur les aspects les plus « physiques » de ce cinéma, qui livrent aussi le sous-texte le plus politique de cette œuvre : ouvrir de nouveaux horizons, qui soient une libération réelle, physique, pour les personnages comme pour les spectateurs. Un beau programme.

On ressort de cette lecture quasiment proliférante avec le sentiment, sinon de mieux comprendre ce que fait, ce que veut faire Christophe Honoré, mais au moins de mieux cerner nos propres réactions – d’amour, d’admiration, de rejet – par rapport à ces films. Ce qui n’est pas rien !