Fuzz III

On a eu très chaud ! Et on ne parle pas de la situation politique US, pas encore clarifiée au moment où on écrit ces lignes. On parle des choses vraiment IMPORTANTES, comme d’avoir une année 2020 SANS ALBUM DE TY SEGALL !!! Parce que là, on frôle l’insupportable, l’appel à l’insurrection générale des rockers, non ? Heureusement, on s’inquiétait (presque) pour rien, car l’animal vient de nous offrir le troisième album de son side-project Fuzz, qui ressemble comme deux gouttes d’eau à un album de Ty Segall(même si notre blondinet californien n’officie a priori qu’au chant et derrière les fûts…)… ce qui nous convient parfaitement, en l’absence d’album « officiel ».

On croyait Fuzz (c’est-à-dire fondamentalement Segall + son pote et ex-accompagnateur Charles Moothart à la guitare, accompagnés, depuis l’album précédent, du bassiste Chad Ubovich) enterré après un silence de 5 ans, mais le voilà qui ressort de la tombe aussi énervé qu’un zombie sud-coréen, et sentait beaucoup moins le renfermé ! Dès le jouissif "Returning" qui ouvre "Fuzz III" de manière tonitruante, on sait que, cette fois, ça va être du très, très bon. Une succession de bons gros riffs bien heavy d’une efficacité meurtrière, sur lesquels Segall chante d’une voix de starlette glam rock émasculée, mais qui ne s’en fait pas pour autant : d’ailleurs le chant de l’ami Ty est un tantinet plus déjanté, plus… euh discutable qu’à l’habitude, mais il est difficile de lui en vouloir pour autant : Fuzz ne jouent pas pour les perfectionnistes, Fuzz font du bruit. Leurs références varient élégamment (oui, élégamment !) d’une chanson à l’autre de Black Sabbath à Grand Funk Railroad – grand groupe US seventies jamais vraiment reconnu en France, et qui animait pourtant nombre de soirées lycéennes alcoolisées au tout début des années 70 -, en passant – malheureusement – par le Blues Rock bas du front dont on nous rabat un peu trop les oreilles depuis les Black Keys, et, c’est plus cool, par le glam rock (évidemment !) et le krautrock (on ne se refait pas…). Mais, on l’aura remarqué, avec nettement moins de psychédélisme qu’à l’habitude, ce qui n’est peut-être pas un mal, puisque nombre de morceaux démontrent une immédiateté Rock qui leur va bien, comme le réjouissant hymne « adolescent » "Mirror".

Par contre, et c’est évidemment ce qui justifie, au-delà de l’énergie déployée par ce power trio parfait, notre amour pour Fuzz, tous les morceaux ici sont bien plus compliqués que la moyenne du hard rock 70’s : breaks absurdes, changements de rythmes incongrus, mélodies protéiformes, il y a chez Fuzz une sorte de joie presqu’enfantine, un manque de sérieux permanent qui dynamite la virtuosité musicale. Et c’est très bien comme ça : écoutez la conclusion foutraque de l’album, les sept minutes irrésistibles de "End Returning", bouclant la boucle avec l’introduction de l’album et pratiquant un mélange de genre qui réussit à être aussi… « gourmand » qu’imparablement efficace.

Il est capital de souligner le travail une fois encore exemplaire de Steve Albini à la production, qui nous livre ici une sorte de « son parfait » pour ce genre de musique : brut, naturel, et pourtant d’une clarté époustouflante. Quel talent ! Ecoutez l’accélération finale de Blind To Vines en mettant le son au maximum supportable pour vos esgourdes sevrées de gros son, et essayez donc de rester assis !

TO BE PLAYED AT MAXIMUM VOLUME !