Les Crimes de Grindelwald Affiche

Le sujet : "Les Crimes de Grindelwald", de David Yates, est-il du... Cinéma ?

Thèse : Réalisé avec un budget conséquent (US$200.000.000 d'après ImDB), mis en scène par un professionnel, interprété par des stars comme Depp et Law, bourré de CGI dernier cri qui rend tout possible, surtout l'impossible, distribué dans les salles du monde entier et ayant généré un profit conséquent, sinon extraordinaire (mais c'est le lot de bien des seconds films dans les trilogies, non ?). Et puis, plus important sans doute, ça a été l'occasion pour des millions de gens, bien plus que dans "les Animaux Fantastiques", de renouer avec l'univers bien aimé de Harry Potter, de compléter leur compréhension de personnages emblématiques, comme Dumbledore. Si ça, ce n'est pas du cinéma, du vrai, qu'est-ce qui en est ?

Antithèse : Deux longues heures et demi de vide intégral, à regarder avec indifférence s'agiter devant des fonds verts des personnages dénués de tout affect, mimés par des acteurs dont la principale caractéristique est la qualité - ou non - de leur déguisement. Pas d'histoire, juste un enchaînement de situations incohérentes qui ne construisent rien. Pas d'amour, de haine, de peur, de colère, juste leur représentation conventionnelle, ne provoquant rien en nous, pauvres spectateurs égarés. Beaucoup de fan service, ce qui est, on le sait depuis la sale affaire "Star Wars", une garantie absolue de manque d'imagination, d'audace, de... "tripes". Aussitôt vu, aussitôt oublié, si ce n'est un vague malaise au creux de l'estomac en repensant à l'utilisation d'images de la seconde guerre mondiale au milieu de toute cette boue digitale.

Synthèse : Il y a maintenant des années que les blockbusters en tous genres ont tourné le dos à "l'expérience humaine" qu'était le cinéma. Ce n'est pas très grave, car on a échangé le monde l'Art - qui n'intéresse personne, et surtout pas les financiers - pour celui de l'Entertainment, qui crée de la valeur, des emplois, et des succès professionnels pour les "premiers de cordée". J. K. Rowling, qui fut un jour enseignante et vécut dans une situation de précarité, inventa des histoires pédagogiques pour les enfants, dissimulées dans un étui merveilleux de sorcellerie. Aujourd'hui, à la tête de l'une des fortunes les plus considérables du Royaume-Uni, elle n'est pas devenue stupide pour autant : elle sait très bien que jamais ses "Animaux Fantastiques*" ne pourraient devenir un livre. Car la littérature, que de moins en moins de gens lisent, c'est, pour un temps encore, une forme de résistance.