To the Lake S1 affiche

La première réflexion qu’on se fera sans doute en commençant à regarder "To the Lake" ("Epidemiya" en Russe, ce qui se passe de traduction), c’est que les « fictions Covid » arrivent. Et puis on réalise que Netflix a produit cette série en Russie en 2019 ! Prémonition ? Simple coup de « chance » ? On dira que la dernière partie de la saison, qui introduit (léger spoil, pardonnez-nous) d’inquiétants Chinois dans l’équation peut faire pencher la balance vers une anticipation intelligente, basée bien sûr sur la grande méfiance russe envers le voisin de l’Est…

Peu importe après tout, puisque, pour les simples téléspectateurs que nous sommes, c’est notre plaisir qui importe, non ? Et du plaisir, "To the Lake" (on ne tergiversera pas sur le titre international, périmé à la fin de cette première saison, - encore un léger spoil - la destination lacustre étant atteinte…) va nous en donner beaucoup. Beaucoup plus que nous en donne depuis au moins cinq ans un "The Walking Dead" par exemple, sur lequel le scénario de l’équipe de Yana Vagner est clairement calqué. Oui, on a affaire ici à une petite bande hétéroclite, constituée de membres que rien ne devait a priori destiner à « être ensemble », si ce n’est la brutalité accélérée d’une pandémie déferlant sur Moscou et sur la Grande Russie (quant au reste du monde, on n’en entend guère parler…). Et cette fine équipe, déchirée par des rivalités amoureuses et / ou sociales, va donc essayer de traverser le pays sous la menace des contaminés dont il ne faut logiquement pas s’approcher, mais également – comme dans la grande sœur US – des exactions de leurs compatriotes retournés très, très rapidement à la barbarie. Sans parler de la rudesse de l’hiver en ces contrées, et des exactions de drôles de militaires prompts à exterminer des villages entiers !

Soupçonneux comme nous le sommes vis-à-vis de la belle démocratie russe, nous nous demandions comment "To the Lake" irait gérer les questions éminemment politiques découlant du naufrage du pays dans le chaos, sans s’attirer les foudres du gouvernement. La réponse est vite donnée : on passe à toute allure dans le premier épisode sur les mensonges lénifiants des médias, et sur la rudesse de l’organisation militaire du confinement : disons qu’en deux ou trois plans, le sujet est traité, on peut passer à des choses qui fâcheront moins, les destins individuels de nos héros paradoxaux. Et bien sûr, si les personnages de "To the Lake" ne sont pas de parfaits citoyens russes, c’est avant tout parce que soit ils boivent beaucoup trop, soit ils ont des relations adultères, soit ce sont des parvenus égoïstes qui sont obsédés par les biens de consommation et le luxe. Ou les trois à la fois. Ce qui dédouane à bon compte le gouvernement et l’état, non ?

On critique, on critique, mais très sincèrement, "To the Lake" est une vraiment bonne série, bien supérieure à son équivalent (ses équivalents…) américain(s). Parce que les personnages y sont crédibles, humains, touchants, et dépassent aisément les stéréotypes sériels. Parce que les situations sont à la fois extrêmes et parfaitement réalistes, sans qu’il y ait de la part des scénaristes la moindre volonté de donner des leçons de morale, ou même de générer un spectacle édifiant. Parce que la violence n’est jamais spectaculaire, juste horrible. Parce que tout cela est réellement mis en scène, avec des moments d’intimité qui sont de vrais moments « humains », et de superbes envolées lyriques (accompagnées souvent de magnifiques morceaux de rock ou de folk russe) dignes du « vrai cinéma ». Parce que, surtout, plus la saison progresse, plus elle prend à la fois de l’aisance et de la force, en se libérant de la raideur qui limitait encore l’impact des premiers épisodes. Les acteurs sont tous impeccables, et savent même être bouleversants, juste comme il faut, quand il faut : on retrouve avec grand plaisir Maryana Spivak, que l’on avait déjà aimée dans le Bureau des Légendes, dans un rôle ambigu qui lui permet d’exceller une fois encore.

Bref, nous avons envie de faire beaucoup de compliments sur To the Lake, en dépit des réserves « politiques » que nous avons formulées. La conclusion de la saison, interrompant brutalement l’un des rares moments « feel good » auxquels nous ayons eu droit, ouvre la fiction sur un sujet peut-être différent, qui risque de faire prendre un vrai virage à la série. Nous serons au rendez-vous pour la suite.