2020 10 09 Elliott Murphy Le PLan (11)

« Oh won't you be my night connection / I'll give you true highway affection / Please don't ask where we're goin' / I'm tryin' to race the light / And we can drive all night… » : Elliott Murphy attaque la soirée par le merveilleux Drive All Night, mais dans une version ralentie, rendue mélancolique par l’ajout du violon… qui transforme cette célébration joyeuse de la fougue adolescente et des possibilités d’un futur ouvert à la vie en une sorte de rappel nostalgique de la beauté des choses que nous avons perdues depuis l’arrivée du Covid19… Elliott nous rappelle que le Plan est la salle où il a fait connaissance d’Olivier, même s’il ne se souvient pas exactement de l’année, ou bien ne sait pas la dire en français : s’il a fait de notables progrès dans notre langue (peut-être un effet positif des vacances forcées ?), tout n’est pas encore parfait…

On enchaîne par Made in Freud, un extrait de l’album “Beauregard” quasiment jamais joué en live, mais c’est surtout le magnifique Someday All This Will Be Yours qui sonne particulièrement amer en ce moment : quel est donc ce monde que nous laissons à nos enfants ? La promesse d’avenir inhérente à la paternité a un goût de cendres, et ce set, admettons-le, ne sera pas porté par l’enthousiasme auquel Elliott et Olivier nous ont habitués au fil des années… L’interprétation enlevée du réjouissant – et également très rare sur scène - Deco Dance, illuminée par le violon de Melissa, ne change pas fondamentalement le “mood” de la soirée, d’autant que siffler pour accompagnement Elliott sous le masque n’a rien d’évident ! La colère de What the Fuck is Going On, une « protest song » (à la manière d’Elliott…) écrite à l’occasion de la crise économique de 2008 est tellement pertinente aujourd’hui. Elliott plaisante quand même en nous demandant si nous comprenons son français, sans doute difficile à cause de son fort « accent parisien »,… même si l’accent du Havre d’Olivier est pire !

2020 10 09 Elliott Murphy Le PLan (2)

Fix me a Coffee, tiré de “Soul Surfing”, confirme qu’Elliott a plutôt choisi de nous régaler de raretés ce soir en lieu et place de ses “hits” (enfin, on se comprends…), mais une ligne comme « We have so much in common / our favorite number is 3… » fait toujours son petit effet. Et quand Elliott plaisante en expliquant que son porte-harmonica, acheté en 1971, est « la seule pièce encore d’origine en moi ! », on peut se demander si la nostalgie du temps qui passe ne se conjugue pas à la fatigue que nous ressentons tous à ces concerts qui ne peuvent pas totalement en être ?

Et, de fait, c’est quand la set list embrasse franchement la tristesse délicate de trois immenses chansons, You Never Know What You’re In For, Navy Blue et l’incomparable On Elvis Presley’s Birthday – qui nous brise le cœur à chaque fois -, que le set décolle véritablement, et qu’on retrouve le génie d’Elliott, et les raisons pour lesquelles on n’a jamais cessé de l’adorer depuis son apparition dans nos vies au début des 70’s…

Mais il est temps de boucler la soirée, avec deux récompenses, A Touch of Kindness – et son solo toujours aussi sidérant d’Olivier – et, bien entendu, Last of the Rock Stars. Elliott nous a demandé de nous lever pour que nous nous sentions tous un peu plus “normaux”…, mais nous ne pouvons bien entendu pas bouger de devant nos sièges…

Petite plaisanterie avant d’interpréter Better Days en rappel, Elliott fait mine d’appeler son ami Springsteen en coulisses pour qu’il le rejoigne, en vain… Bah, la prochaine fois sans doute, quand la fin de la pandémie permettra à Bruce de prendre l’avion à nouveau !

Elliott annonce que le confinement ne l’a pas inspiré, et qu’il a écrit une seule nouvelle chanson, le jour où le confinement a pris fin. Et qu’elle s’appelle Hope. On en restera donc là-dessus, après 1h45, soit une durée de set un peu courte pour Elliott, sur une chanson d’espoir. Dont nous avons tellement besoin.