Donjon Antipodes Rubeus Khan Couverture

D’abord on ne comprend pas : "Rubeus Khan" est un nouveau tome de la nouvelle série "Donjon Antipodes", mais où est donc le chien d’orque que l’on avait tant aimé dans "l’Armée du Crâne" ? Et puis on remarque les « + » autour du mot "Antipodes" et on comprend qu’on est 20.000 ans plus tard, dans un monde moderne – forcément dépaysant pour nous, habitués que nous sommes aux ambiances heroic fantasy plus traditionnelles. Mais pourquoi pas ? Après tout, la grande force de la série au (très) long cours de Sfar et Trondheim est bien d’avoir renouvelé les codes, parfois un peu trop sérieux, de l’heroic fantasy, tellement à la mode depuis les succès du "Seigneur des Anneaux" et de "Game of Thrones", en les faisant entrer en collision avec d’autres « formes » : l’humour, absurde, voire souvent potache, la rom com mélancolique, le roman de cape et d’épée, etc. Et la transposition dans un univers contemporain, ou presque, ouvre des perspectives qui font vraiment saliver : finalement, qui n’a pas rêvé, comme nous, d’une adaptation du "Seigneur des Anneaux", où l’action se passerait en 2020 ? Personne… ? Bon, eh bien tant pis, Trondheim et Sfar l’ont fait…

Au fur et à mesure que l’on avance dans une ambiance de film noir poisseux, presque déprimant, avec un héros – canard de couleur rouge, il y a des choses qui ne changent pas, mais doté d’une musculature impressionnante – bien mal récompensé pour sa loyauté familiale, qui veut récupérer son fils, et contracte une alliance contre-nature avec une ourse imposante et sanguinaire, qui en veut, elle, avant tout à son corps, on se dit que tout ça nous rappelle quelque chose : "Blacksad", peut-être ? Bon, on peut trouver pire comme référence que le polar existentiel de Diaz Canales et Guarnido, mais il faut bien reconnaître que cela ne nous rapproche pas de l’univers du Donjon !

Mais la martingale de Sfar et Trondheim, c’est de reprendre aussi – ce qui fait craindre un manque d’inspiration de nos joyeux duettistes – le sujet de "Pacific Rim", avec géants mécaniques pilotés par des « humains » luttant contre des démons sortis des abysses de Terra Amata ! Ce qui nous vaudra un final apocalyptique avec une baston gigantesque, mais qui ne fait pas vraiment avancer l’histoire. Et nous laisse donc un peu désemparés en refermant un tome, qui, à la différence de quasi tous ceux qui l’ont précédé, ne se suffit pas à lui-même. Les prémisses sont posées, et certaines sont intéressantes, mais "Rubeus Khan" a tout d’un « pilote » pour une nouvelle série.

Le dessin de Vince fait le job, mais ne recueillera sans doute pas tous les suffrages, tandis que, pour vraiment apprécier "Rubeus Khan", il faut aimer l’ultra-violence et les bains de sang, vu le nombre de personnages mourant dans des circonstances par très sympathiques.

Bref, on reste quand même sur une impression mitigée, et on attend la suite avec de l’espoir… mêlé d’un zeste de crainte. Mais finalement, après plus de 20 ans d’existence, n’est-ce pas là la preuve que le Donjon reste un projet audacieux, une œuvre vivante ?

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