Indiscreet

"Indiscreet", troisième album des Frères Mael en Angleterre, chez Island, marque la fin de leur fulgurante trajectoire de groupe commercial. Et constituera une sorte de dernier tour de piste avant des décennies sans guère de succès, et, autant l'avouer d'emblée, avec moins d'inspiration. Ce ne sera qu'en 2002, avec le superlatif "Lil' Beethoven" que Sparks retrouvera un tel niveau, et entamera alors une improbable nouvelle carrière. Mais c'est une autre histoire.

En 1975, comme la majorité du public anglais nouvellement conquis par "Kimono My House" et "Propaganda", on avait pesque détesté cet "Indiscreet", qui voyait nos idoles Ron et Russell délaisser le Glam Rock brillant qui leur avait valu la gloire pour faire... n'importe quoi ! Car une fois accepté que ne subsisterait de la flamboyance précédente qu'un "Happy Hunting Grounds" merveilleux (mais même pas sorti en single, ce qui fut un message clair envoyé par Ron au monde...), un "How Are You Getting Home?" et un "In the Future" où les guitares électriques continueraient à galoper à un rythme d'enfer, que trouvions-nous sur cet album tellement bizarre ? De la musique de chambre du XVe siècle (un menuet, vraiment ?), de la comédie musicale Roger & Hart, du jazz swinguant comme à Chicago, du jingle publicitaire pour la consommation d'ananas, de l'opérette moquant le terrorisme branché trente ans avant Brett Easton Ellis, une ambiance clairement marquée début du XXè siècle. Alors, comme sur la pochette - encore une fois saisissante -, ce n'est plus un suicide commercial, c'est un véritable crash aérien. En 2020, une bonne partie du public se souvenant encore de ces années-là considère "Indiscreet" comme une aberration.

Et pourtant, pour une large majorité d'entre nous, fans assidus de Sparks, "Indiscreet" est petit à petit monté s'installer sur le podium des meilleurs albums du groupe. Pourquoi ? Eh bien parce qu'il est un sans faute absolu au niveau des compositions, toutes mélodiquement imparables : un album commençant par un titre du niveau de "Hospitality on Parade", une chanson qu'on a l'impression, comme toutes grandes chansons, de connaître intimement depuis la première écoute, au point qu'on se demande si, dans notre enfance, on ne l'a pas apprise à l'école, le genre... et qui arrive à enchaîner 12 autres chansons qui ne déçoivent pas, ça ne se trouve pas tous les jours. Et aussi parce qu'un producteur comme le brillant Tony Visconti (Bowie, etc., quand même...) est ce que Ron et Russell Mael ont trouvé de mieux comme complice et partenaire au cours de leur longue carrière...

Et enfin parce que ce disque est tellement barré qu'il ne vieillit pas, qu'il restera forcément et absolument intemporel.