Color out of Space affiche

Même si on sait depuis toujours Lovecraft inadaptable en images, on avait un jour apprécié les films bricolés de Stuart Gordon, "Re-Animator" en particulier et, à la limite, "From Beyond". Et on avait aimé l’influence lovecraftienne sur certains films de Big John, en premier lieu l’Antre de la Folie, bien entendu. Et ce n’est pas l’usage du mot « Lovecraft » comme titre d’une série catastrophique en cours – on y reviendra – qui nous aura fait changer d’avis. Du coup, on avait tous, avouons-le, été surpris de la réussite du travail du mangaka Gou Tanabe… Du coup, on s’était remis à y croire, et malgré la présence au générique de l’ineffable Nicolas Cage, l’homme qui a réussit à complètement gâcher - à force de coupes de cheveux improbables et de pétages de plombs homériques – le souvenir d’une carrière plutôt bien débutée, nous avons eu envie de croire à la possibilité de filmer une nouvelle de Lovecraft, en particulier "la Couleur Tombée du Ciel".

Dès le départ, on sait bien qu’il y a un problème de fond avec cette histoire, c’est que la fameuse couleur apportée par la météorite avec son lot de fléaux apocalyptiques est clairement décrite par Lovecraft comme n’appartenant pas au spectre de couleurs humainement perçues : comment donc la montrer, si ce n’est en faisant la choix – comme Tanabe – du Noir & Blanc (un peu nacré, OK…). Richard Stanley, qui depuis ses débuts remarqués avec "Hardware", n’a guère fait parler de lui, est certainement un fan transi de Prince, puisqu’il a choisi le violet / pourpre / rose pour représenter la fameuse couleur, ce qui nous vaut des effets totalement psychédéliques qui constituent peut-être le meilleur du film, en tous cas les moments qui tranchent avec la terrible banalité du reste.

Si l’on se sent généreux, on appréciera aussi le choix d’effets spéciaux « mécaniques » et non digitaux pour figurer la mutation des lamas ou encore l’œdipe fusionnel entre Theresa (Joely Richardson, absente…) et son fils, qui nous rappellent un instant le travail remarquable de Rob Bottin pour Carpenter dans "The Thing". Pour le reste, rien de vraiment intéressant à signaler, et on s’ennuie ferme devant un film qui tente pourtant d’accélérer l’intrigue afin de la rendre plus moderne (et il est vrai qu’il serait difficile de justifier de nos jours le très long isolement de la famille peu à peu irradiée par la météorite), et qui du coup, perd l’impact de la montée progressive d’angoisse originelle.

Le scénario de Stanley lui-même ajoute à l’histoire centrale d’inutiles diversions – comme le goût pour la sorcellerie de l’insipide adolescente de la famille, ou comme le personnage mal utilisé de Ward Phillips, ingénieur vérifiant la qualité des eaux -, mais n’arrive jamais à nous impliquer dans une montée mécanique de l’horreur. Comme toujours, trop en montrer ne fait que rendre les choses moins effrayantes, et le fait que tout cela arrive à des personnages dont on se moque éperdument n’arrange rien.

Sinon, rassurez-vous, Nicolas Cage a une drôle de coupe de cheveux et pète les plombs. Tout va bien, donc, vous pouvez retourner à la lecture de Tanabe.