Tenet Affiche

Faisant partie des détracteurs réguliers de Christopher Nolan, en tous cas depuis le lourdaud (à mon avis...) "Interstellar" et surtout son horrible (oui, c'est mon opinion...) "Dunkerque", je me rends compte que je n'ai aucune crédibilité pour dire quoi que ce soit sur ce "Tenet", qui a la chance infinie d'être le seul blockbuster de la saison à sortir dans les salles.

En allant le voir, je m'attendais au pire, et je n'ai pas été déçu : script inepte, bourré d'invraisemblances hilarantes qui rendraient jaloux n'importe quel film de chez Marvel / Disney, acteurs largement à la ramasse dans des rôles stupides (la palme à l'infâme Branagh, encore plus ridicule que d'habitude, mais aussi au pâlot J. D. Washington, qui a le charisme d'une huître polluée...), et surtout, bien sûr, un super concept encore plus abscons et gratuit que ses précédents films : littéralement inexplicable au spectateur - ce qui nous vaut les habituelles (chez Nolan) dissertations hilarantes des personnages essayant de rattraper le spectateur égaré -, le concept de l'inversion ne sert à rien dans l'histoire - une histoire qui est ni plus ni moins qu'un scénario "classique" (rire douloureux) d'un James Bond de la période Roger Moore cacochyme - et a donc été visiblement construit par Nolan pour justifier certaines scènes impressionnantes et jamais vues combinant les deux flux de temps inverses.

Disons que quand on en arrive à cette gratuité dans la conception d'un film, on bénéficie de l'intérêt que tout spectateur peut porter à une approche aussi... "expérimentale" : quelque part, le radicalisme de cette démarche, aussi peu intelligente soit-elle (je le répète, Nolan est un cinéaste certes conceptuel et cérébral, mais absolument pas intelligent, c'est un peu le Jean-Claude Van Damme des réalisateurs contemporains...) peut justifier de perdre deux heures de sa vie pour voir "Tenet".

Sauf que Nolan se tire une balle (pas inversée, celle-là...) dans le pied en adoptant une narration accélérée, rendant incompréhensible la moindre scène, même pas encore contaminée par le "concept" : il suffit de voir ce qu'il fait lors de la déplorable - et complètement incompréhensible - introduction de l'attaque terroriste de l'Opéra pour réaliser très vite que Nolan n'arrive même plus à raconter une histoire, à impliquer son spectateur, vite relégué à la position absurde d'un observateur détaché ayant renoncé à comprendre quoi que ce soit de ce qui se passe à l'écran, sans même parler de ressentir la moindre empathie vis à vis des personnages.

Si j'ignore mon mal de tête à la sortie, et la gestion difficile de la rage de mon épouse devant ce qu'elle qualifie de "mierda pinchada en un palo" et son désir d'écrire une lettre à Nolan pour l'insulter personnellement et lui demander le remboursement de sa place de cinéma, j'ai réussi à apprécier deux ou trois choses dans "Tenet" : Pattinson, comme souvent pas très bon acteur, mais indéniablement séduisant en super-agent / terroriste / gangster hyper-cool qui essaie même de nous faire des cours de physique avancée ; l'incroyable Elizabeth Debicki, fascinant spectacle à l'écran, même si elle est largement cantonnée au rôle stéréotypé de victime féminine et d'objet d'amour des mâles du film ; l'absence apparente d'effets digitaux dans la scène très cool de la collision de l'avion contre le "free port" ; et... c'est à peu près tout.

En fait, le plus grand plaisir que "Tenet" m'ait offert, c'est la lecture passionnante, ensuite, de l'article de Wikipedia sur le "carré Sator", qui a été clairement le point de départ du concept du film, et que je recommande chaudement. C'est mieux que rien, c'est surtout mieux qu'un film de deux heures trente assourdissant et sans queue ni tête.