Light of My Life affiche

"Light of My Life" m'a légèrement ennuyé, alors qu'il appartient totalement au genre de cinéma auquel j'adhère la plupart du temps, et cela me pose un véritable problème, que je ne résoudrai pas aujourd'hui, je le sais.

Peut-être est-ce dû à ces 10 premières minutes du film de Casey Affleck, parfaites, enchantées, sensibles, touchantes, qui disent tout ce qu'il y a à dire ? Sur le contexte pandémique, sur ce père qui protège sa fille d'un monde hostile, sur l'impossibilité pour une petite fille de grandir "normalement" dans de telles circonstances, sur l'importance de préserver des histoires, de la culture, de l'imaginaire, pour que survive l'humanité en nous, sur l'amour entre un père et sa fille. Rien de ce qui se passera pendant le reste des deux heures du film n'ajoutera véritablement quelque chose à ce constat initial, si ce n'est, à la rigueur, mais on est quand même en plein dans le stéréotype, la nécessité pour Rag de grandir pour prendre part à la défense de la micro-cellule familiale face à la barbarie masculine. Pourquoi ne pas se contenter alors d'un court métrage, et pourquoi délayer ce propos dans deux heures plombantes, seulement rehaussées ça et là de quelques rares moments d'émotion ?

Peut-être le problème vient-il du fait que Affleck, acteur remarquable, n'est pas encore un metteur en scène du même calibre, et que son film manque significativement de ce souffle, de cette richesse, de cette profondeur qui est la marque des vrais auteurs ? Filmer sobrement et intelligemment des paysages lugubres sous la pluie et la neige est finalement un peu court. Et peu stimulant, surtout quand on choisit de rejeter toute transcendance, ou disons plus simplement de refuser à son humanité en lambeaux toute profondeur.

Peut-être est-ce le manque d'intérêt manifeste d'Affleck pour le cinéma "de genre", qui rend finalement "Light of My Life" légèrement antipathique ? La comparaison, faite par beaucoup, avec le remarquable "A Ghost Story" ne fait que souligner la différence énorme entre un réalisateur qui s'intéresse au genre pour le renouveler, comme David Lowery, et un Affleck qui ne se donne pas la peine de "jouer le jeu"...

Peut-être est-ce la "contamination" désormais excessive de notre imaginaire par la profusion de récits post-apocalyptiques, des plus bas de gamme façon "Walking Dead" aux plus puissants comme le roman "The Road" de Cormac McCarthy (bien supérieur au film qui en a été tiré, on le sait...) ? "Light of My Life" en devient tellement prévisible qu'on a tout simplement du mal à s'intéresser à une succession harassée de clichés désormais usés...

Peut-être est-ce, et j'ai un peu honte de le dire, mon propre dégoût vis à vis de Casey Affleck, compromis dans un scandale "Me-Too" réglé financièrement, et qui nous revient avec une fiction anti-machiste bien commode ? Pendant deux heures, j'ai eu beaucoup de mal à ressentir la moindre empathie vis à vis de l'acteur.

Mais finalement, l'impuissance du film, quelle qu'en soit la cause, est parfaitement illustrée par la petite histoire contée par le papa à sa fille sur la capacité de sa maman disparue à enchanter n'importe quel voyage, même le plus pourri, en le traitant de "Love Adventure", référence reprise dans le dernier dialogue avant le générique de fin. Car de "love adventure", il n'a jamais été réellement question durant "Light of My Life".