Live_at_the_Fillmore_East_Live

En 1969, on sait qu'un événement s'est produit dans la vie de Neil Young, qui va changer pour toujours sa trajectoire musicale... et pour le meilleur ! Il a rencontré The Rockets, groupe composé de Danny Whitten (chant et guitare), Billy Talbot (basse) et Ralph Molina (batterie), avec lequel il va prendre immédiatement un plaisir intense à jouer... Et qu'il va purement et simplement "annexer", une fois rebaptisé Crazy Horse : le résultat immédiat de cette rencontre est évidemment le premier grand classique de la carrière de Neil, "Everybody Knows This Is Nowhere". Mais le second résultat, peut-être encore plus notable, est cette première tournée US de Crazy Horse, qui s'arrête pour 4 sets en 2 jours, en mars 1970, au fameux Fillmore East de Bill Graham, une tournée au cours de laquelle l'alchimie vocale et "guitaristique" entre Young et Whitten - pas encore sous l'emprise de l'héroïne - va atteindre les sommets. Heureusement - comme a priori une grande majorité des concerts du Loner, vue la quantité d'archives qu'il nous dévoile... -, ces sets furent enregistrés, et leur substantifique moelle extraite pour ce "Crazy Horse at the Fillmore 1970", pour en faire le premier grand album live électrique de Neil Young.

Il suffit de regarder les nombreuses photos prises du set pour lire la complicité entre les deux musiciens, et, par là-même, le respect dont témoigne Neil envers Danny, qui prend même les lead vocals sur "Come On Baby Let's Go Downtown" (a priori, pas exactement la même version que celle qui figurera sur "Tonight's the Night", ce disque en l'honneur de Whitten, mort d'overdose...). Sur la version dantesque de "Cowgirl in the Sand" (16 minutes incandescentes...), qui conclut cet album, on entend parfaitement la musique se mettre en place, et devenir littéralement stratosphérique. Neil n'a pas encore trouvé cette incroyable combinaison micros - pédales - ampli qui lui donnera une décennie plus tard un son à nul autre pareil, mais la beauté des très, très longs solos de guitare qu'il échange avec Whitten semble quasi-miraculeuse.

Le reste du set, et donc de l'album, n'est pas du même niveau, avec en particulier un "Wonderin'" insignifiant (un titre qui ne réapparaîtra que bien plus tard, en rockabilly, sur l'anomalie "Everybody's Rockin'" !) qui justifie mal sa place ici. On est par contre assez heureux de découvrir une version électrique et enlevée du rare "Winterlong", que les Pixies reprendront dans une tonalité d'ailleurs assez proche.

Si l'on ajoute qu'à la même affiche ce jour-là, on pouvait applaudir et Miles Davis et Steve Miller, on se dit que le spectateurs du Fillmore East ont eu une sacrée chance d'assister à ça !