Balle Perdue affiche

Poursuivant notre ballade autour du monde des "films Netflix" (pléonasme, rappelons-le, puisque "Netflix" = "Net-flicks", c'est-à-dire "péloches sur le Net"...), nous voilà aujourd'hui... en France ! Hourra !

Le cas de "Balle Perdue" est d'ailleurs un cas exemplaire : on a d'un côté un vrai succès d'audience - le film caracolant dans le peloton de tête des visionnages en France -, et d'un autre, des critiques qui tirent à boulets rouges sur ce pauvre film qui ne mérite, bien entendu, pas tout ce déversement de haine et de mépris. Le fait que les détracteurs du film... 1) déplorent une soi-disant pauvreté du cinéma français, alors qu'il s'agit de gens n'allant clairement pas voir les films de DesplechinHonoré, etc. ni d'aucun de nos passionnants auteurs contemporains - 2) comparent systématiquement "Balle Perdue" à des franchises US aussi pitoyables que "Fast & Furious" ou des nanars hilarants comme "Death Race 2000"... ridiculise d'ailleurs complètement leurs pauvres arguments.

Il vaut mieux rester objectif, reconnaître d'abord que le cinéma "de genre" en France ne se porte pas si mal (nombre d'excellents films sont sortis ces dernières années, sans attirer suffisamment d'intérêt d'un public préférant toujours aller voir un produit hollywoodien standardisé qu'un film français un tant soi peu original), et admettre que, bien sûr, "Balle Perdue" pèche là où la quasi-totalité des productions Netflix déçoit : dans cette "carte blanche" laissée à un jeune auteur, qui se retrouve vite un peu dépassé par cette liberté inhabituelle au sein d'un budget confortable, et qui bénéficierait sans doute d'un peu plus d'aide, de conseils, voire de contrôle.

Car Guillaume Pierret, dont c'est le premier long-métrage de cinéma, a une vraie vision de ce qu'il veut faire : réinjecter une bonne dose de réalisme dans le film d'action et de poursuites automobiles, et lui conférer une certaine crédibilité via des personnages qui ne soient pas des caricatures. Et sur ces deux points, essentiels, "Balle perdue" remplit son contrat : la gestion des stéréotypes du genre est bien contrôlée, et la plupart des scènes de vitesse et d'accidents sont convaincantes, et ce d'autant qu'elles s'inscrivent dans le cadre d'un polar, certes conventionnel (flic ripoux, ex-truand au grand coeur piégé, etc.), mais ne manquant pas de noirceur ; les personnages sont tous très réussis, plutôt peints dans des teintes "gris sombre" que dans un "noir et blanc" confortable, et l'interprétation est l'indéniable point fort du film. Il faut d'ailleurs souligner l'intelligence du jeu de Duvauchelle, rendant humain son flic pourtant a priori insauvable, jusqu'à une conclusion étonnamment touchante.

Finalement, la haine des commentateurs se concentre sur les invraisemblances de certaines scènes, comme celle du commissariat, il est vrai peu crédible malgré la force des différents "bastons" s'enchaînant sans répit (mais où sont les flingues des poulets ?)... On se dit que, oui, Pierret aurait eu besoin de conseils de ré-écriture, et qu'il ne manque finalement pas grand-chose pour que cette scène en particulier devienne l'un des points forts du film. Et puis, soyons honnête, pourquoi reprocher aussi agressivement à un jeune auteur français des choses que l'on tolère, sans y prêter plus d'attention, dans 90% des films US ?

Oui, "Balle Perdue" fait son job, celui de nous divertir pendant 1h30 sans nous prendre pour des imbéciles. Et, oui, les "films Netfix", en France comme ailleurs, n'arrivent généralement pas à atteindre complètement les ambitions de leurs créateurs. Néanmoins, il nous semble important que ce cinéma-là existe en 2020, et puisse servir de pépinière à de nouveaux talents, tout en rencontrant un public avide de nouvelles expériences dans le contexte calibré et un peu borné du film de genre. Un peu comme, à Hollywood, dans les années 40 - 50, le fit le fameux "cinéma de série B", dont on a vu, a posteriori, combien il était vigoureux et passionnant.