2020 07 03 Dominique A & Bertrand Belin Studio 104 (10)

21h05 : La petite discussion d’introduction entre Dominique, Bertrand et le journaiste Matthieu Conquet nous précise le contexte de ce set très particulier : il s’agit d’un spectacle, déjà joué une fois comme un one-shot – qui devient du coup un « two-shot », plaisante Dominique – et qui était prévu pour le Festival FNAC live. La règle est que chacun a choisi des chansons du répertoire de l’autre, et les chante accompagné par l’autre, dans un principe d’alternance : un défi et un geste artistique original et passionnant !

Dominique A et Bertrand Belin, accompagnés seulement du claviériste Thibaut Frisoni et d’une boîte à rythme sur certains morceaux, attaquent par Je suis une Ville, sorte de lente mise en bouche tirée de l’album le plus difficile et le plus mal-aimé de Dominique, ce “Remué” qui n’en finit pas d’incommoder : la preuve que nos deux amis ne choisissent pas la facilité… A priori, pas de tubes ce soir ! Ca tombe bien, on est là pour écouter de la musique, de la vraie !

C’est sur le premier morceau de Belin que tout se met en place : le puissant Hypernuit (« Il entoure de la maison / Hypernuit hypernuit / Il n'a rien oublié / Du jour entre tous cruel / Au bout duquel / Tout est parti tout en fumée / Dans le ciel / Là il revient pour se venger / De tout un village… »), où les deux voix, singulières (comme on dit quand on ne sait pas trop comment qualifier quelque chose) s’assemblent et s’entremêlent, et soulèvent la chanson. On sait alors qu’on a très bien fait d’être là !

« Une guerre a repris plus au sud oh c'est loin / Dans un silence parfait pourtant on entendrait / Mais il y a tant de bruit ici on entend plus que lui / Le bruit blanc de l'été » : les mots terribles du Bruit Blanc de l’été prennent une signification plus forte encore dans la bouche de Bertrand. Encore une bonne pioche ! Et ce d’autant que le niveau d’électricité est monté d’un cran, sur un beat électronique. Les deux guitares, si dissemblables de Bertrand et Dominique, font monter la pression “rock”.

Bon, « On va pas parler de gaullisme social… », rigole Dominique A, moquant le discours de notre nouveau Premier Ministre dont la nomination est l’événement (le non-événement ?) de la journée… Sur le Cul, qui suit, est lui aussi plus rythmé…

« La chanson suivante va nous déconfiner d’un coup sec » rigole Bertrand en annonçant le terrifiant Corps de Ferme à l’Abandon, qui va encore faire monter le concert d’un niveau : Dominique reproche en riant à Bertrand d’avoir qualifié, dans les loges, sa chanson de « monstrueuse » ! « Oui, elle me choque, cette chanson », répond Bertrand. Dans la bouche de Bertrand, les mots terribles semblent plus ronds, presque plus cruels : « Quand je suis retourné au corps de ferme à l’abandon la peur était intacte / Les lieux criaient ”Pitié” et même en plein jour tout hurlait, tout hurlait et se jetait sur nous / Je suis sorti dans l’effroi de l’étable et j’ai fui… ». Une grande chanson, un grand moment.

2020 07 03 Dominique A & Bertrand Belin Studio 104 (25)

Après un Rien à la Ville impeccable, le grand moment d’émotion de la soirée : sans les guitares cette fois, et avec les grands bras de Dominique qui se balancent de manière tragique, Belin s’approprie de manière bouleversante le texte impudique de l’immense Pour la Peau. La manière dont il chante les aveux cruels « Mais après, comme toujours / Ça t'a rendu tout chose. / Elle s'est lavée vite fait ; / Tu savais bien comme c'était mais / Qu'est-ce que tu n'ferais pas Pour la peau ? » est saisissante. On voit combien il a du mal (il le reconnaîtra ensuite dans l’interview) à repasser, pour le second couplet, la chanson à Dominique !

Grand-Duc sera la grande chanson “rock” de la soirée, le morceau le plus ample, celui qui matérialise le mieux notre bonheur d’être là, d’être ensemble… La voix de Belin évoque très fort celle de Bashung à ce moment-là. Dominique le reconnaît avec ferveur : « On est heureux de jouer devant des vrais gens ! ». Et nous donc !

« Une liturgie païenne », car « la déploration, c'est ni gaulliste ni social ! » plaisante Bertrand… Le final de ce set, trop court (à peine une cinquantaine de minutes…), j’aurai l’audace de dire qu’il était juste pour moi : la reprise du fantastique Lumières du non moins fantastique Manset, était exactement ce qu’il fallait pour célébrer ensemble la puissance de la Musique, cette « lumière qui brillait la nuit… ». Une reprise malheureusement trop courte, sans doute parce qu’il était temps de rendre l’antenne !

Le paradoxe, et le problème de cette soirée, c’est que la première partie y est programmée en second, sans doute pour des questions d’audience radiophonique. Ce ne sera pas rendre service à Malik Djoudi que de le faire jouer après ce que l’on vient d’entendre… Car si sa voix, haute avec des montées en puissance saisissantes, et qui peut évoquer celle de M, est elle aussi singulière, et donc intéressante, ses chansons, rêveuses et mélancoliques, qui se déploient sur une électro un peu trop convenue, manquent d’aspérités. La reprise bienvenue, mais trop désincarnée du Aquarius de Metronomy a le mérite de faire comprendre d’où vient Malik. On sent néanmoins que le public se désintéresse peu à peu de ce qui passe sur scène, et même si tout le monde est poli, gentil et bien éduqué, c’est avec un peu de soulagement que l’on accueille la conclusion un peu plus up-beat de Sous Garantie et Tempérament. On tape dans les mains, Malik se détend un peu, on se quittera bons amis…

Une dernière courte conversation “au coin du feu”, alors qu’on aurait préféré un rappel de Bertrand et Dominique, mais bon, de quel droit nous plaignons-nous ? Allez, qu’est-ce qu’on dit ?

Merci France Inter ! 

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