Look Alive

2019 avait vu la remarquable apparition des Stroppies, jeunes Australiens perpétuant la tradition « locale » d’une indie pop allègre et lumineuse, qui nous renvoyait, mais sans nostalgie, aucune aussi bien aux « enfants du Velvet » qu’à l’énergie de la scène néo-zélandaise des années 90. Et leur réjouissant Whoosh ! avait échoué juste au pied du podium des albums indispensables de l’année. Pas si mal pour un groupe qui affirmait vouloir créer une « musique ouverte, avec une approche de collage aléatoire et rapide » !  Sur scène, il faut bien admettre que la qualité des morceaux dépassait un peu encore la capacité du groupe à les incarner, sans même parler de les transcender, mais la jeunesse des musiciens autorisait une certaine bienveillance à leurs égards.

Au lieu de se lancer dans le fameux second album de tous les dangers, The Stroppies ont eu l’excellente idée de ne pas suivre les règles, de ne pas capitaliser sur ce premier succès d’estime, et d’aller au contraire ailleurs : vers cet EP, ou plutôt ce mini-album d’une vingtaine de minutes, enregistré à la maison, sans aide extérieure, et composé à partir de morceaux de chansons composées et d’idées qui ont germé durant leur tournée mondiale. Confirmant ainsi leur idée initiale de ne pas être trop sérieux, de laisser le hasard et les accidents jouer un rôle dans leur trajectoire : plutôt préserver l’émotion la plus intacte possible que rechercher la perfection pop au risque de la stérilité.

Le résultat, sans surprise, pourra décevoir décevra légèrement à la première écoute : même si les mélodies accrocheuses et la séduction pop n’ont pas disparu (il suffit d’écouter le single Holes in Everything…), le son diffère sensiblement de celui de Whoosh ! et l’atmosphère générale des chansons est très différente : moins impeccablement léchée, la musique perd de sa brillance, mais surtout de sa légèreté insouciante. Avec les voix plutôt en arrière-plan, avec un chant plus réfléchi, plus contenu (Roller Cloud), avec des rythmes moins enlevés, plus lourds (la très belle introduction énergique de Burning Bright…), une sorte de tristesse diffuse transparait désormais, combinée avec un sentiment de flottement de la musique. Look Alive s’ouvre également sur quelques jolies expérimentations sonores, comme sur le touchant The Aisles of the Supermarket. On a parfois l’impression que les Stroppies ne savent pas très bien où aller maintenant que la première étape de leur trajectoire est atteinte, et également qu’ils ne sont pas tout-à-fait prêts encore à une réinvention radicale de leur Musique. Mais est-ce finalement si grave que ça ? En quoi le doute serait-il condamnable en une époque comme celle que nous vivons (une époque de Rigid Men & Conduct Codes…) ?

Retardée pour cause de pandémie, la sortie de Look Alive coïncide du coup avec l’onde de choc mondiale des dramatiques événements récents aux USA, et quelque part, la dureté et la tristesse de ce que nous vivons en cette année est clairement perceptible dans les huit chansons de Look Alive. L’engagement du groupe pour des causes sociales, typique de jeunes adultes confrontant leurs désirs artistiques à un monde décidément peu hospitalier, donnera peut-être à leur prochain album une direction différente. Tous nos souhaits les accompagnent.