LANE Pictue of a Century

Un an après un premier album qui avait remarquablement marqué le retour aux affaires de la nouvelle équipe des Frères Sourice, soit nos anciens grands amis des Thugs, revoilà donc LANE (soit Love And Noise Experiment) avec un second album, Pictures of Century : derrière une pochette très réussie, la photo d’un wagon de métro déserté qui fait forcément écho à notre récente situation de confinement, voilà un album forcément important puisque, en l’absence de concerts – là où on voit typiquement le groupe exceller -, il est actuellement la seule manière pour LANE de marquer définitivement leur territoire au sein d’un Rock français en pleine effervescence.

Le démarrage furieux de Discovery None confirme immédiatement que nos deux fratries (les Sourice mais aussi les Belin, ex-DARIA) ne sont pas là pour plaisanter. Si la basse tellurique et menaçante et les guitares carillonnantes et planant au-dessus d’un paysage parfois désolé nous ramènent régulièrement au Post-Punk, c’est clairement l’héritage de Hüsker Dü qui reste d’actualité, ce désir de faire se rencontrer brutalité hardcore et mélodies accrocheuses, presque pop parfois : et pourquoi ne le serait-il pas, d’actualité en 2020, puisque la rage des années 90 est encore plus indispensable de nos jours ?

Le titre de l’album, Pictures of a Century, précise d’ailleurs les ambitions de LANE : faire le point sur le monde dans lequel nous vivons… Discovery None nous parle par exemple de technologie, mais vue de la perspective du fameux Hal de 2001 ! Last Generation fait résonner notre inquiétude devant la dégradation accélérée de notre environnement. Le message est clair, sans ambiguïté : ne rien oublier des combats passés pour rendre plus efficaces nos nouvelles luttes ! Black Gloves ne pourrait quant à lui mieux tomber qu’en ce moment de revendication générale d’égalité raciale. Mais, comme nous ne sommes pas que des êtres sociaux et politiques, mais également des individus, les chansons de LANE reconnaissent que nos images les plus fortes de notre siècle peuvent être des événements personnels, intimes : la révolution commence en nous-même.

Clairement plus intense que son prédécesseur, Pictures of a Century bénéficie de quelques décollages en règle dont on attend des merveilles sur scène : c’est le cas du final électrique de Last Generation, par exemple, ou encore du refrain accrocheur du dernier morceau, évoquant un peu la noirceur chatoyante de l’Editors des premiers albums, Pictures of a Century. De son côté, It’s Only Love, à la fois tendre et martial, particulièrement bien chanté par Eric Sourice, s’illumine grâce à des claviers bien venus, ce qui constitue presque une surprise dans la palette sonore du groupe, et pourrait bien devenir à terme notre morceau préféré de l’album.

On pourra éventuellement regretter un léger sentiment d’uniformité d’un album qui aurait clairement pu être rehaussé par une ou deux ruptures de tempo, nous permettant de reprendre notre souffle, mais Pictures of a Century est indiscutablement une œuvre puissante, qui prolonge et amplifie la trajectoire du groupe, sans trahir rien de sa générosité ni de sa radicalité.