RVG Feral

« Come Monday morning / You may find me dead / You may not find my body / But you might find my head / In a motel closet / or under a motel bed / This is the life that I lead » (Lundi matin, tu me trouveras peut-être morte, tu ne retrouveras peut-être pas mon corps, mais au moins ma tête dans un placard de motel, ou bien sous le lit… c’est la vie que je mène…)

La chanson s’appelle Alexandra, et a même été un single, et cela fait très longtemps qu’on n’avait pas vu un album commencer de manière aussi saisissante !

Et puis, plus loin, « I’m a christian neurosurgeon / I wake up in the morning / Cut open your brain / I go to bed in the evening / I get down and I pray » (Je suis un neurochirurgien chrétien, je me réveille le matin, je taille dans ton cerveau, je me couche le soir, je m’agenouille et je prie…) n’est vraiment pas mal non plus. Arrivés à ce stade, on convoque déjà des tas d’images de films pour se rassurer, on essaie même de sourire devant les images de Série Z gore du clip de Christian Neurosurgean. Mais ce n’est pas si facile, car ces textes pour le moins menaçants sont chantés avec un maximum de pathos par une voix dont on peine à définir le sexe, qui plus est sur des arpèges indie-pop qu’on juge d’habitude bien usés depuis l’époque des Smiths.

RVG, c’est-à-dire Romy Vager Group, viennent de Melbourne, et citent, très logiquement les Go-Betweens comme influence (cette indie pop / bedroom pop légère sur des guitares carillonnantes que les Australiens portèrent en effet au pinacle), tout en se réclamant aussi des Psychedelic Furs, sans doute pour une certaine outrance lyrique. Mais si Feral, leur second album, ressemble autant à un OVNI, ou en tous cas s’apparente à une grosse claque qu’on n’a pas vu venir, c’est qu’il déborde d’une musique extrêmement émotionnelle, où les textes sont absolument centraux, qui tranche clairement sur la grande majorité du travail des musiciens Rock actuels, plus intéressés par les textures sonores que par la puissance des mots. Si l’on peut se permettre une comparaison plus « pointue », disons qu’il nous semble que cette ambition « intellectuelle » couplée à une exhibition spectaculaire d’émotions brûlantes renvoie surtout aux Triffids de David McComb, sublime groupe de Perth, dont l’incandescence élégante reste à nos yeux une référence insurpassable.

Comme on peut l’imaginer d’après son nom, RVG, c’est avant tout une autrice-compositrice, Romy Vager, au chant androgyne prenant, qui n’hésite pas à nous balancer des directs en plein cœur, comme si on était encore dans les années 70, quand les artistes pensaient encore qu’il était plus important de nous toucher que de paraître cool ou à la mode. D’ailleurs, Romy clarifie les choses sur Perfect Day : « Well here comes this pidgeon / I’m gonna tell you it’s a dove / It’s got its head in a garbage can / I guess it’s looking for love / I only want you to see the things / I think you deserve / You’ve got too much going on right now » (Voilà le pigeon qui se pointe, je vais te dire que c’est une colombe, il a la tête plongée à l’intérieur de la poubelle, j’imagine qu’il recherche l’Amour, mais je veux que tu ne vois que les choses que tu mérites, tu passes par des moments tellement difficiles…) : mon dieu, aussi déterminée soit-elle, Romy ne nous veut que du bien, elle ne veut pas non plus nous exposer à la VRAIE noirceur de la Vie, ni même à celle des images qui naissent dans sa tête !

Feral se termine en apothéose par Photograph, soit 7 minutes bouleversantes d’un crescendo d’anthologie, confirmant l’entrée de nos Australiens dans la cour des très grands espoirs de cette année 2020, qui en manque beaucoup (d’espoir…) : « Frame a picture of this moment, and hang it up / And use it as a token for good luck / Cause you know that things don't look as bad in a photograph / Let me take your photograph… » (Encadre une photo de ce moment, accroche-la au mur, garde-la comme talisman, parce que tu sais bien que les choses semblent toujours moins mauvaises sur une photographie… Laisse-moi prendre ta photo !)