nausicaa

A sa re-sortie en salles en 2006, "Nausicaä de la Vallée du Vent" m'avait moins franchement séduit que les films postérieurs de Miyazaki, mais la parution en DVD de la première oeuvre du "vieux génie" de l'animation pour ses nouveaux studios (Ghibli) m'avait permis une analyse plus précise de ce qui fonctionnait et de ce qui laissait encore à désirer dans ce que l'on peut, sans être péjoratif, qualifier de "coup d'essai". Le revoir en 2020, surtout après avoir lu la belle analyse offerte par l'ouvrage sur les Studios Ghibli publié par Playlist Society, offre l'opportunité de reprendre à zéro une critique complète de "Nausicaä"...

Le plus convaincant ici est sans nul doute la réflexion "écologique" du film, qui anticipe celle de "Princesse Mononoké", mais par de nombreux aspects s'avère plus profonde. Sur notre planète dévastée par la pollution créée par l'humanité, les survivants, regroupés en groupes plus ou moins "féodaux" qui se livrent régulièrement bataille, sont menacés par la progression d'une forêt toxique, défendue par des insectes géants. Or, ce que la princesse Nausicaä va comprendre - et c'est ce trajet vers la "sagesse" qui constitue le cœur du film -, c'est que la forêt a au contraire un rôle fondamental de nettoyage planétaire, rôle que les insectes protègent, et que sa "toxicité" est causée ni plus ni moins par les restes de la pollution humaine. Face à cet auto-nettoyage de la planète, l'être humain perdure dans son incompréhension et son auto-destruction par un recours systématique à la violence. Il s'agit-là, on en conviendra, d'une vision radicalement pessimiste de l'humanité et de son devenir, et même si l'on peut considérer la fin comme positive puisque Nausicaä réussit à faire entendre sa voix, on ne peut pas dire que l'avenir des personnages soit particulièrement lumineux !

Pour animer cette fiction complexe (peut-être un peu trop même pour deux heures de film), Miyazaki a adopté un graphisme très proche de celui de "Moebius", en particulier dans la représentation des machines volantes (une similarité démontrée dans une exposition Moebius - Miyazaki réalisée il y a pas mal d'années au Musée de la Monnaie...). On notera en outre que la poésie magistrale des scènes aériennes se retrouvera développée plus tard dans "le Château dans le Ciel" et surtout dans le sublime "Porco Rosso". La farouche détermination de cette première "héroïne miyazakienne" à assumer son destin, jusqu'au meurtre si nécessaire, ouvre la voie à l'un des thèmes les plus importants de la future oeuvre de Miyazaki.

Finalement, ce qui empêche "Nausicaä" d'atteindre la même grandeur que les films suivants, ce n'est peut-être que le fait d'avoir eu à raconter autant de péripéties (tirées d'un manga-fleuve du maître...), ce qui l'a conduit à élaguer les scènes de contemplation qui constitueront ensuite l'apogée de son style : on sent que quelque chose pourrait émerger lors du séjour de Nausicaä sous la forêt, mais non... la magie de Miyazaki ne fonctionne pas encore.