Le Prince Oublié Affiche

Le cinéma "high concept" est un métier... Un métier que les Studios Pixar maîtrisent parfaitement, puisque c'est devenu leur caractéristique la plus notable : de la vie des jouets de "Toy Story" à la mécanique du cerveau de "Vice Versa, en passant par l'organisation des cauchemars dans "Monstres & Cie", combien de réussites formidables dans le genre ? Et un métier que l'équipe de scénaristes du dernier film de Michel Hazanavicius a eu le grand tort de sous-estimer, puisque construire un film un tant soit peu crédible, cohérent ou même simplement divertissant était impossible à partir d'un salmigondis d'idées aussi peu abouties que ce qu'ils proposent ici.

Voici donc un monde des "contes" où se déroule une histoire "parallèle" à la réalité, qui louche sans aucune imagination sur les productions américaines les plus stéréotypées - comme si c'était la seule référence possible, alors que ces fameux contes sont quand même nés d'un imaginaire européen fécond -, et qui surtout ne parvient jamais à dire quoi que ce soit d'intéressant sur cette réalité. Au point que, à force de se demander pourquoi telle situation "réelle" correspond à telle péripétie dans le monde "parallèle" des histoires, le spectateur n'a plus qu'à jeter l'éponge et suivre tout cela avec une indifférence polie mais grandissante. Jusqu'à une conclusion bêta et feel good / larmoyante qui ressasse encore une fois la rassurante illusion de la transmission via les grands-parents d'une certaine imagination affective. Pitoyable !

Pitoyable, mais pas autant que l'interprétation à la ramasse d'un Omar Sy qui ne sait visiblement que faire au milieu de ce désastre, et d'une Bérénice Béjo surjouant la joie de vivre avec une artificialité insupportable. Pitoyable, mais pas autant que l'accumulation de clichés usés sur la pré-adolescence, traitée ici sans aucune finesse, ni surtout aucune empathie vis à vis de ces enfants qui n'en sont déjà plus.

Bref, "le Prince Oublié" est un naufrage, un film au merveilleux outrageusement laid et "cheap" et au pseudo-réalisme ridiculement creux. Un film qui ne fera même pas rire les enfants, et consternera les pères venus au cinéma avec leur fille à laquelle ils ne racontent plus d'histoires aussi ridicules que celles du film depuis très très longtemps.

En fait, faire des films tout court est un métier.