2020 02 10 The Murder Capital Café de la Danse (19)

21h10 : Peut-être que pour apprécier The Murder Capital, il faut avoir accepté que les références, pourtant évidentes, à Joy Division soient en fait à côté de la plaque, et que les Dublinois, qui affirment haut et fort n’avoir pas écouté la bande à Ian Curtis, n'ont pas pour ambition de jouer du post punk selon les règles du genre… mais plutôt de nous offrir un tour de montagnes russes émotionnelles au fil de morceaux largement atmosphériques ? En tout cas, ce soir les 50 trop brèves minutes de leur set (9 chansons et puis c’est tout, pas de rappel comme d’habitude) auront été enfin convaincantes, pour nous qui avions toujours été un peu réfractaires à ce jeune groupe, régulièrement considéré par la presse comme l'un des tous meilleurs de notre époque.

Alors, what’s the crack?

Le set commence ce soir avec More is Less (« More ! More ! More !) et avec les musiciens faisant un peu étalage de leurs muscles, comme une sorte d'échauffement sur l’un des morceaux les plus… directs du répertoire de The Murder Capital. Gabriel Paschal, le bassiste, tourne comme un fauve en cage, percute ses compagnons, et menace l'intégrité physique du premier rang avec le manche de sa basse. Les deux guitaristes bidouillent déjà plutôt pas mal, mais c’est la batterie qui impressionnera vraiment sur Green & Blue, l’un des morceaux qui évoquent quand même le plus le fantôme de Joy D : impossible de ne pas penser à Stephen Morris et à ses rythmiques mécaniquement imparables. On est impressionnés par le travail de Diarmuid ! James, quant à lui, a l'air d'un peu s'ennuyer : dès le premier morceau, il est descendu dans la fosse, et puis ensuite il va chercher une clope en coulisses pour fumer tranquillement…

On entre alors, déjà, dans la partie contemplative du set, pendant laquelle il est permis aux hérétiques comme nous de trouver çà et là le temps un tout petit peu long. Sans doute parce que la majesté recherchée s’effiloche un peu trop Heureusement, le final de Slow Dance II, avec ses deux guitares stridentes nous réconforte. Nous emballe même… Bien sûr, il nous manque la conclusion parfaite du violoncelle qui clôt parfaitement la chanson sur l’album, mais bon…

2020 02 10 The Murder Capital Café de la Danse (23)

Suit alors une interprétation poignante de On Twisted Ground, hommage à un ami très cher décédé : « Oh, my dearest friend / How it came to this / With your searing end / Into the abyss / In my experience / Of any permanence / You could've watched it all… »… Le silence dans le Café de la Danse revêt alors une impressionnante densité, et la mélodie, toute simple et si belle, fonctionne parfaitement, comme un apaisement temporaire, forcément temporaire, de nos deuils ineffables : oui, à ce moment-là, James, qui n’est pas Ian, souvenons-nous en, chante vraiment bien. Oui, et à ce moment-là, l'accompagnement de Gabriel Paschal sur les cordes aigües de sa basse est juste parfait de sobriété. Oui, et à ce moment-là, le maître mot d’EMPATHIE que James a brandit juste avant prend tout son sens.

« I am the underworld, the one you want to leave / A frail democracy, benign treaty, courageously foreseen, dreamed »…

Le brûlant For Everything relance la machine infernale, avec son final bouleversant : « For Nothing, for everything… » que tout le monde dans la salle hurle alors que le moshpit s’élargit, s’élargit et englobe tout le parterre du Café de la Danse. C’est donc là que le set bascule, que l’hystérie et le chaos déferlent, que The Murder Capital devient, enfin, GRAND. Que tout nos souvenirs de la soirée se perdent dans le pogo général, dans cet oubli bienfaisant que procure la Musique quand elle touche à l’essentiel.

« They now are lapsed 'round you and me / And it kept us all together / La, la, la-la, la, la-la »… Feeling Fades et son final hystérique est donc une parfaite conclusion, même si chacun d’entre nous a du mal à accepter que cela soit là une conclusion, après seulement trois gros quart d’heure. Alors justement que nous avions trouvé cette extase dont nous savons que seule la Musique, la grande, la belle, la vraie peut procurer.

Si les chansons de The Murder Capital ne sont pas les meilleures jamais écrites dans le genre, il est impossible de nier que la sincérité du groupe, sa capacité à générer une profonde émotion, et de basculer d’un coup dans la frénésie et l’abandon, distingue clairement nos Dublinois de leurs contemporains.

Nous attendons maintenant avec impatience de voir si ce genre de phénomène peut se reproduite dans une grande salle comme le Zénith. Et oui, The Murder Capital ouvriront pour Foals le 27 avril prochain, et nous serons là, croisant les doigts et serrant les poings.

« La, la, la-la, la, la-la »