Signal

Dès "Too Much Money", l’ouverture de "Signal", le projet des trois californiennes proto-punk de Automatic semble clair : animer l’électro primitive inventée en 1977 par Suicide d’une vitalité quasi pop – on peut penser vocalement au travail des Go Go’s au début des années 80, une influence revendiquée par Izzy GlaudiniHalle Saxon et Lola Dompé – sans, heureusement, renoncer à sa rugosité, à sa fragilité qui la distingue encore de tout ce qui s’est fait ensuite. Sauf que, bien entendu, tout n’est pas si simple, et si cette approche se confirme par exemple sur le très beau – et bien nommé - "Suicide in Texas", elle s’enrichit aussi d’autres influences qui s’intègrent naturellement dans la musique de Automatic : on citera, au hasard, Bauhaus pour une certaine fascination gothique que dégagent les morceaux les plus sombres (… et on apprend alors que Lola serait la fille du batteur de Bauhaus !!), et New Order, en particulier sur un "Highway" qui évoque les débuts électroniques et dansants du groupe suite à la disparition de Ian Curtis. Enfin, l’aspect mécanique, voire robotique de la plupart des compositions de "Signal" célèbre indiscutablement le triomphe actuel de l’esthétisme Krautrock dans tout un pan de la musique la plus audacieuse.

Ce jeu de références, que nul d’entre nous, musicien ou simple auditeur, ne saurait complètement éviter, ne suffit pas à décrire la démarche de Automatic, qui recherche dans un minimalisme plus radical que la plupart de leurs concurrents une vérité finalement beaucoup plus touchante que leurs réflexions sur l’influence croissante des robots ou de l’intelligence artificielle sur la société. Il y a indiscutablement quelque chose de fascinant, de quasi-hypnotique dans cet enchaînement patient de chansons à la fois profondément nostalgiques et pourtant modernistes.

S’il y a un regret que l’on peut néanmoins exprimer face à ce premier album des plus prometteurs, c’est sans doute que le soin avec lequel l’énergie du groupe est diluée dans un brouillard vaguement dépressif finit par plomber l’auditeur, et que notre attention se disperse avant la fin d’un disque pourtant assez court. Il manque sans aucun doute ici ce sentiment de rage ou d’urgence qui fit le meilleur de la musique de la fin des années 70 référencée par "Signal", ou, alternativement, cette rébellion mélodique joyeuse des girl bands de la new wave, pour que nous puissions basculer dans l’enthousiasme que cette musique devrait normalement générer…

… Automatic a acquis une réputation de groupe explosif sur scène, gageons que leur prochain album saura mieux traduire cette énergie que ce début qui n’est pour l’instant que prometteur.