The Man in the High Castle 4 Poster

On a vu au cours des trois saisons précédentes du Man In the High Castle (le Maître du Haut Château), l’adaptation luxueuse – produite par Ridley Scott, qui plus est – de l’un des grands classiques de Philip K. Dick, comment les scénaristes ont su nourrir leur fiction des intuitions géniales du maître de la SF conceptuelle pour inventer une impressionnante fresque uchronique, soulevant des questions passionnantes sur les liens entre la culture américaine et l’idéologie nazie. La décision d’Amazon de mettre fin à cette belle série, qu’on aurait aimé voir durer plus longtemps, sans doute faute d’un succès public suffisant, a clairement obligé les scénaristes à accélérer le déroulement de leurs différents fils narratifs et d’arriver à une résolution « satisfaisante » en seulement 10 épisodes. C’est dans cette accélération du rythme de la série que se trouvent, et c’est logique, à la fois les grandes qualités et les gros problèmes de la saison.

Première surprise dès le premier épisode, l’évacuation à la va-vite de l’un des personnages les plus intéressants de la série, le ministre Tagomi, sacrifié sur l’autel de l’efficacité de la saison au prétexte d’un attentat dont nous ne verrons (presque) rien : le fait qu’on ne laisse même pas l’excellent Cary-Hiroyu Tagawa revenir offrir à son personnage une dernière apparition frôle l’irrespect total vis-à-vis de son travail jusque-là, sans parler des téléspectateurs, forcément déçus par l’abandon péremptoire de ce fil narratif passionnant.

Pas le temps néanmoins de digérer cette déception que le tourbillon scénaristique nous emporte, et il faut admettre que la plupart des épisodes de la saison sont d’une redoutable efficacité dramatique, que cela soit au niveau émotionnel (comme toujours, les tourments familiaux de John Smith, son épouse et leurs enfants remportent la palme…) ou au niveau spectaculaire (quelques belles scènes d’action et de tension émaillent la saison), et surtout politique : ainsi, l’avant-dernier épisode offre un coup de théâtre remarquable, et s’avère l’un des plus excitants – et satisfaisants – de la série.

Cette dernière saison offre en outre une vision politique plutôt agressive de la situation des noirs américains, conduisant la révolte contre l’occupant nippon, et mettant au même niveau l’extermination nazie des races non aryennes et l’esclavage et ses conséquences. Lorsque, dans la dernière partie de la saison, on assiste à la planification de l’implantation de camps d’extermination sur le territoire américain, destinés aux juifs, mais aussi aux nègres, il est difficile de ne pas frémir en imaginant en effet les conséquences de l’expansion planétaires de théories racistes…

Il est donc d’autant plus dommage que l’ultime épisode, après une excellente conclusion de l’histoire du Reichsmarschall John Smith (Rufus Sewell dans ce qui restera probablement le rôle de sa vie !), nous propose une dernière scène totalement absurde, injustifiée, incohérente par rapport à tout ce qui a précédé, gâchant un peu le bon souvenir que l’on gardera de cette série audacieuse et originale.