Le_Meurtre_du_Commandeur_Livre_2_La_metaphore_se_deplace

Après l'enchantement qu'avait fait naître le premier tome du "Meurtre du Commandeur", et l'intérêt généré par l'abord de thèmes sans doute plus personnels pour son auteur, comme la création artistique, le risque d'être (un peu) déçus par la seconde partie, "La Métaphore se Déplace", était grand. Et de fait, Murakami boucle parfaitement sa fiction (... enfin à condition que le lecteur ne soit pas un obsédé de la logique cartésienne, auquel cas il n'a évidemment aucun intérêt à se perdre dans les longues balades brumeuses de Murakami), nous offre une longue plongée fantastique dans ce monde imaginaire dont nous avions simplement présumé l'existence jusque là, sans pour autant sacrifier une explication parfaitement rationnelle à la disparition de la "jeune fille au portrait". On ne pourra néanmoins pas ne pas s'avouer frustrés par l'abandon de certains sujets passionnants, comme le mystérieux attentat viennois anti-nazis oublié par l'histoire, ou la question de la filiation entre Marié et Menshiki : sans aucun doute, "le Meurtre du Commandeur" aurait mérité un troisième tome pour mieux contenir toute sa richesse...

Le choix, très touchant - ce livre étant l'un des Murakami qui nous aura paru le plus bouleversant émotionnellement - fait ici est de recentrer le livre sur la séparation et le divorce du héros, avec une conclusion superbe qui redonnerait foi en l'amour aux plus réfractaires des lecteurs. Le dommage collatéral de cette décision inattendue de considérer que la réussite d'une simple vie de couple est plus importante que l'aboutissement artistique ou les illuminations religieuses ou philosophiques, colore "le Meurtre du Commandeur" d'une sorte de sagesse banale, voire triviale, à laquelle on pourra, selon sa propre expérience, être sensible ou au contraire réfractaire. Le "tout ça pour ça ?" joue à plein ici, et explique certainement les avis contrastés sur ce second livre. Si l'on ajoute que la captivité, ordinaire et peu riche en événements, de Marié se révèle finalement bien plus passionnante que l'errance de notre héros dans les contrées désertiques d'un univers abstrait, ce dernier ouvrage confirme bien que Murakami, de plus en plus loin de l'onirisme et des "grands concepts", est avant tout le chantre modeste de la simplicité. De l'attachement aux choses les plus anodines de l'existence.

Et ça, c'est très, très beau !