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Cette troisième saison de l’étonnante série "Mr. Robot", qui suscite beaucoup de polémiques entre ses défenseurs, admiratifs devant l’intelligence des sujets « de fond » traités par Sam Esmail, et ses détracteurs, l’accusant de superficialité du fait de la manière dont elle colle à l’actualité : entre hacking croissant, réseaux sociaux, terrorisme, guerre économique de plus en plus brutale, en particulier entre Chine et USA, "Mr. Robot" ne choisit pas et nous parle de tout.

Il y a pourtant une véritable rupture cette fois vis-à-vis des deux premières saisons, c’est que les scénaristes ont largement abandonné les mécanismes du « twist » qui étaient au cœur de celles-ci, pour faire réellement progresser la fiction : beaucoup, sinon la plupart des énigmes développées jusque là se voient résolues – en particulier ce qui était arrivé à Tyrell Wellick, véritable point aveugle de la précédente saison -, et les motifs, sinon même les stratégies de chacun des joueurs, sont désormais exposés. Bien sûr, cette clarté nouvelle du récit ne va pas jusqu’à la simplicité, et, que l’on ne s’inquiète pas, suivre "Mr Robot" reste un véritable casse-tête pour le spectateur, qui continuera donc, suivant son humeur, à se sentir fasciné ou exaspéré…

On goûtera donc l’aspect – relativement nouveau – uchronique d’une histoire qui voit un Donald Trump, candidat à la succession de Barack Obama et supporté par les Chinois, et surtout une population américaine – et sans doute mondiale – littéralement jetée à la rue par le crash du système bancaire déclenché par Elliot. Et qui décrit surtout le lobbying de gigantesques corporations prenant le contrôle de pays entiers (ici, le Congo, convoité par la Chine…) : de quoi alimenter savoureusement notre paranoïa et nos théories complotistes !

Ceux qui déplorent la froideur théorique d’une série profondément cérébrale savoureront sans doute le huitième épisode de cette saison, tentative rare et réussie de conférer une âme et des sentiments à des personnages qui peuvent sembler en manquer, mais c’est définitivement l’extraordinaire personnage de Whiterose qu’incarne BD Wong qui continue à s’imposer comme la plus belle création de la série.

Par contre, on ne pourra que trouver discutable l’apparition tardive dans l’histoire de Irving, interprété par un Bobby Cannavale pas forcément toujours à l’aise, et surtout regretter l’usure de la représentation de la double personnalité d’Elliot / Mr. Robot, désormais usée jusqu’à la trame.

Malgré l’intérêt soutenu que présente "Mr. Robot", avouons que c’est un soulagement d’attendre la conclusion que devrait apporter la quatrième saison.