2019 12 16 Katerine Cigale (2)

20h30 : l’entrée des musiciens sur scène se fait par les narines d’un grand nez gonflable, avec poils et tout et tout. Tout le monde est habillé, non pas en crotte de nez, mais en pyjama pour bébés moulant, ce qui ne s’avère pas forcément très seyant, surtout porté par Philippe Katerine (… mais c’est bien entendu volontaire…), lui-même dissimulant partiellement sa bedaine et ses genitalia grâce à un boa noir du plus bel effet. Il est accompagné par cinq musiciens : un guitariste, une bassiste, deux claviers et un batteur, et disons tout de suite que, si le son sera impeccable toute la soirée, on ne peut pas dire non plus que le groupe soit particulièrement original ni puissant. Mais nous supposerons que personne n’est là ce soir pour les musiciens, mais bien pour cet étrange énergumène, tellement brillant et tellement décalé, qu’est Katerine.

On attaque par le formidable BB Panda, avec sa mini-charge parodique anti-Macron (…qui ne sait pas reconnaître les champignons), et qui permet quand même à Katerine de nous chanter que nous sommes tous de C.O.N.S. Stone avec Toi fonctionne bien mieux que sur l’album, et juste quand on se souvient que la soirée va être consacrée à l’intégralité de “Confessions”, Katerine nous fait le grand plaisir de son inoubliable Louxor J’adore : rien à dire, ça envoie, c’est toujours aussi drôle et efficace, même si c’est surtout un grand moment de comédie, entre le public et Katerine, chacun jouant avec délectation son rôle. « Et je coupe le son ! ».

La banane a évidemment le même rôle fédérateur vis-à-vis du public, mais Katerine va ensuite nous proposer de revisiter un certain nombre de ses chansons dans un “pot-pourri”, ce qui va nous valoir un grand quart d’heure de doux délire – et d’hilarité – générale alors que vont se succéder des scénettes plus ou moins théâtrales, qui, soyons réalistes, représentent finalement le cœur de la popularité de Katerine : si son gag prémonitoire sur Marine Le Pen – avec en plus l’usage des fameux faux-nez phalliques et fausses oreilles - fait rétrospectivement froid dans le dos, le jeu de dégoût sur la Moustache ne va quand même pas très loin… Le set se termine au bout d’une heure – ou, du moins semble se terminer – sur un 88% efficace, avec l’aide évidemment bienvenue de Lomepal.

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Avouons que nous sommes quand même un peu déçus, à ce stade : malgré le charisme scénique, voire même l’autorité naturelle, de Philippe Katerine, sa facilité à jouer à l’amuseur public a emmené le set vers une inconséquence, qui est en dessous de ce que l’on attend d’un artiste aussi ambitieux…

… Heureusement, il ne s’agissait que d’un entracte, avec changement de costume pour Katerine et sa troupe… et on a envie de dire que les “les choses sérieuses vont commencer”. Oui, car la seconde partie du concert, celle où Katerine et ses musiciens ont revêtus d’élégantes vestes, va s’avérer d’un tout autre calibre. On enchaîne les meilleurs titres de “Confessions”, comme La Converse avec Vous, ou en tout cas les plus “près de l’os” comme le déchirant Aimez-moi. En costume bleu clair, oui, Katerine fait son âge, et sa sûreté artistique impressionne sur ces chansons où l’émotion affleure… Incorrigible, Katerine nous simule une crise cardiaque, pour réapparaître torse nu, serviette autour du coup, et nous rassurer… Pas certain que ce genre de mise en scène ajoute quoi que ce soit à des chansons aussi inspirées qu’un Parivélib’, capable de nous faire aimer à nouveau notre ville en dépit du chaos actuel.

Et il nous reste encore le rappel : en chemise de nuit transparente et couronné de plumes, le clown semble nous être revenu. Sauf qu’il est seul, et que, a cappella, il nous chante un Moment Parfait. Et que c’est absolument bouleversant. A pleurer même de tant de beauté. A côté de moi, un fan s’écrie : « Philippe, tu es un poète ! ». Il a raison bien sûr, mais quand on a vécu ces deux minutes de pure suspension du temps qu’a été Moment Parfait, ce n’est même pas la peine de souligner l’évidence : Philippe Katerine est GRAND.