Carrie

Carrie est définitivement l'un des films de De Palma les plus inusables : s'il peut paraître un peu daté par son travail formel - mais respectueux - à partir des modèles créés par Hitchcock (la scène de douche qui ouvre - magnifiquement - le film), il est indémodable grâce à sa peinture sans concessions du puritanisme américain, du fanatisme religieux (aujourd'hui bien d'actualité, hélas !) et de la cruauté de l'adolescence (le prototype de Virgin Suicides ?). En pervertissant les codes du "teenage movie", Brian De Palma signait là son premier film d'horreur "commercial", en adaptant le premier roman de Stephen King. Techniquement, De Palma était clairement un précurseur, si l'on pense à son utilisation brillante du split screen ou du ralenti lors de la superbe et absolument terrifiante scène du bal. Célébrons aussi Sissy Spacek, ici immense, parvenant - au sein d'un tel film d'horreur - à montrer, par son interprétation exceptionnellement subtile, que la véritable horreur, c'est le manque absolu d'amour : elle élève encore Carrie grâce à son jeu fascinant et son étonnante et paradoxale beauté.