Wounds affiche

Depuis les grandes réussites de David Cronenberg comme "Videodrome", "Naked Lunch", ou dans une moindre mesure "Spider", l'horreur mentale n'a connu que peu de succès au cinéma : quelques belles exceptions en Asie - parmi lesquelles des films de Hideo Nakata - et pas grand chose d'autre. On a donc forcément pas mal de respect envers 

Babak Anvari qui, auréolé de la reconnaissance de son "Under the Shadow", tente de retrouver cette veine ambitieuse d'un cinéma fantastique trop souvent réduit à des pitchs simplistes. Il est certain que le principe de distorsion de la perception de la réalité par le protagoniste principal d'un film est souvent une fausse bonne idée, car elle autorise facilement le n'importe quoi, pour peu que le scénario manque de rigueur. Le spectateur peut aussi facilement décrocher s'il n'est pas embarqué par une mise en scène ou une interprétation inspirées... Bref, ce genre de cinéma demande d'abord du talent, mais aussi une véritable pertinence émotionnelle (comme chez Nakata...), ou mieux, psychanalytique (comme chez Cronenberg...) de ces "visions" qui constituent le seul véritable sujet du film.

"Wounds" n'est malheureusement pas totalement réussi sur tous ces points, même s'il ne manque pas de qualités. En s'appuyant sur une sorte de légende urbaine contemporaine de contamination par téléphone portable, et en l'enrichissant d'une mythologie médiévalo-lovecraftienne autour des blessures "ouvertes", Anvari crée un contexte intriguant. Il réussit aussi, par une mise en place graduelle, bien dosée, de l'univers de son personnage principal (le bar glauque dans lequel il travaille, la passion malsaine qu'il ressent pour une amie, la fréquentation d'un vétéran en plein naufrage...) à créer une véritable crédibilité au basculement de ce dernier dans une folie qui phagocyte peu à peu tout ce qui l'entoure. Anvari a de plus, quant à lui, bien compris que l'un des grands principes incontournables de l'horreur est qu'il faut en montrer le moins possible pour que l'imagination du spectateur fasse le plus gros du travail.

Plutôt bien interprété par un Arnie Hammer étonnant qui rend subtilement son personnage de plus en plus antipathique, et une Zazie Beetz charismatique qui confirme la belle présence dévoilée dans "Joker", "Wounds" se délite malheureusement alors même qu'il devrait monter en puissance : le recours à l'omniprésence de cafards de plus en plus envahissants jusqu'à l'original dernier plan est-il une ficelle un peu trop convenue pour occulter le fait que le scénario échoue à transformer ses prémisses intéressantes en un cauchemar qui résonne vraiment en nous ? Ou bien, tout simplement, le talent de réalisateur d'Anvari est-il insuffisant pour transcender la banalité glauque de l'univers qu'il a créé et la faire basculer, justement, dans l'horreur absolue qu'appelle son sujet ?

Toujours est-il qu'après avoir été appâtés par la belle construction en lent crescendo de "Wounds", nous avons le sentiment d'être peu à peu abandonnés par un film beaucoup moins intéressant qu'il aurait dû, qu'il aurait pu être.