Jack Ryan S1 poster

Bon, il n'y avait beaucoup d'illusions à se faire sur cette nouvelle adaptation, en série TV cette fois, après quelques films tous plus oubliables les uns que les autres, des thrillers d'espionnage à succès de Tom Clancy : il est quand même rare que cette littérature "jetable" puisse inspirer de véritables chefs d'oeuvre, non ? Néanmoins, les prémisses de la série étaient intrigantes : voici donc un Jack Ryan JEUNE analyste, qui plus est incarné de manière improbable par un John Krasinski qu'on aura toujours du mal à dissocier de son personnage de "The Office", ça nous change agréablement d'un Harrison Ford, non ? Et puis, modernité oblige, on nous parle donc de l'EI, des réfugiés syriens, de la menace terroriste sur Paris, ce qui fait qu'on imagine a priori une version US, donc "sévèrement burnée" de notre très cher "Bureau des Légendes". Sauf que tout ne se déroule pas comme prévu, et notre plaisir anticipé va vite se trouver largement empêché par nombre de défauts criants de la série...

D'abord, une histoire décalquée sans aucune imagination de celle du livre à succès "Pilgrim", qui aurait été revue par les scénaristes de "24 Heures chrono", c'est-à-dire par des gens qui se croient obligés de rajouter des "coups à 3 bandes" comme au billard pour surprendre le téléspectateur, sans réaliser qu'ils sacrifient du coup la crédibilité de leur histoire. Si l'on ajoute que chaque épisode recèle son lot d'invraisemblances, de coïncidences absurdes, de résolutions forcées, de décisions stupides, etc., il faut bien admettre que la personne la moins rationnelle aura quand même du mal à adhérer à tout ça !

S'il est bien entendu tout-à-fait possible de prendre un peu de plaisir régressif devant nombre de situations tendues ou explosives, cette première saison souffre en outre de deux problèmes majeurs :

1) le ridicule de quasiment toutes les scènes se passant en France, accumulant fausses notes et représentation erronée de la situation française. Bien entendu, on est du coup obligés de se poser la question qui tue : s'il en est ainsi quand "Jack Ryan" parle de ce que nous connaissons, il en est sans doute de même lorsque la série décrit la Syrie, la Turquie, et peut-être même les USA...

2) le terrible épisode 6, qui montre un Jack Ryan scandalisé par le manque de morale et d'éthique de la "ressource" turque aidant la CIA dans sa mission : soit on considère que le personnage y perd en un épisode toute la crédibilité construite jusque là, soit on y voit la répugnante certitude de la supériorité morale américaine sur les peuples inférieurs - comme les Turcs - qui prostituent les femmes et n'ont clairement aucun honneur. Cet épisode a vraiment du mal à passer, et il faut bien de l'indulgence pour continuer à regarder la série après ça... jusqu'à une conclusion "facile", bien dans le registre, justement, des aventures de Jack Bauer, qui, lui au moins, avait l'intérêt de questionner le politiquement correct.