2019 10 30 girl in red Gaîté Lyrique (34)

21h : Marie Ulven fait figure de vétérane par rapport à Isaac Dunbar, avec ses 20 ans, mais elle n’a toujours qu’une paire de EP à défendre en public, ce qui fait que le set de ce soir ne dépassera pas les 60 minutes. Quand on utilise le terme de “défendre”, ce n’est vraiment pas le bon tant il est rare de voir un public aussi totalement conquis, corps, cœur et âme, à une artiste que celui de girl in red ! Les filles ont fait la queue des heures dans le froid dehors pour être le plus près possible de la scène, elles connaissent toutes les paroles de toutes les chansons par cœur, qu’elles chanteront toute la soirée, et chaque mot sortant de la bouche de la très volubile Marie est accueilli par des rires, des applaudissements, des cris. Les déclarations d’amour et les demandes en mariage se succèdent également… Bref, tout cela rappelle franchement l’adoration qui a longtemps entouré un Morrissey, dont la bedroom pop idéale, comme on dit désormais, semble avoir inspiré la musique de Marie Ulven…

Bad idea! lance la soirée, et toutes les aiguilles montent immédiatement dans le rouge. Les quatre jeunes musiciens qui accompagnent Marie sont déchaînés, un gigantesque pogo se déclenche dans la salle, du premier au dernier rang, les cris sont assourdissants. Avec un son bien plus fort et bien plus clair qu’à la Boule Noire, avec un groupe qui semble s’être désormais “trouvé”, et joue rapide et concis comme les groupes anglais ne savent plus jouer aujourd’hui, les chansons de Marie ne peuvent plus être qualifiées en live de “dream pop” : c’est plutôt une “tuerie” systématique que girl in red nous offre. Le son cristallin des deux guitares carillonnantes rappelle certes Johnny Marr ou les débuts de Two Door Cinema Club, l’écho sur la voix de Marie et les tonalités surf de certaines chansons évoquent The Drums, mais la musique de girl in red a déjà gagné le droit de dépasser ses influences et de n’être qu’elle-même.

Dead girl in the pool, peut-être la meilleure chanson de girl in red, en tout cas celle qui conjugue le plus intimement mal être existentiel et énergie ado… pardon juvénile, est un triomphe. La Gaîté Lyrique n’est plus qu’un chaudron brûlant dans lequel crépitent et se percutent un millier de pop corns en folie. We fell in love in october est l’occasion de voir des centaines de spectateurs sortir leur feuille de papier portant le titre de la chanson, “october” étant écrit en rouge : il est toujours étonnant de constater comment une communauté de fans sait s’organiser pour créer ce genre de happening, qui touche droit au cœur. Watch you sleep, que Marie dit avoir chanté pour sa mère la veille, est LE moment d’émotion de la soirée, et prouve bien que girl in red a du potentiel derrière l’immédiateté de ses chansons pop dévalées à fond la caisse.

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Il faut maintenant revenir sur ces intermèdes, parfois trop longs, qui voient Marie parler, parler, parler, d’une façon que l’on peut trouver vaguement irritante, tant elle dit clairement ce qui lui passe par la tête, sans qu’on puisse vraiment saisir la plupart du temps quel est son propos. Cette logorrhée, parfois assez naïve, est très éloignée des discours de nombre de performers professionnels, qui “manipulent” la foule à l’aide de plaisanteries ou d’anecdotes qu’ils répéteront invariablement chaque soir. Marie, elle, papote comme si elle était avec des copines, et il faut bien dire que quelque chose de sa candeur, de son honnêteté passe : une vraie émotion se dégage de ces mini-confessions sur son grand amour, sur sa fatigue d’un trop long voyage ce matin-là, sur sa décision de mettre ses histoires de cœur au second plan par rapport à la musique et au besoin d’écrire (enfin) ce fameux premier album… On est peu à peu charmé, séduit presque par cette jolie âme que Marie nous dévoile avec tant de simplicité, d’honnêteté. Et on se dit que, au-delà de l’efficacité de ses compositions, c’est bien cette VERITE qu’elle nous laisse toucher qui fait d’elle une artiste importante de son temps. Une artiste profondément AIMEE.

Il est temps de conclure la soirée : « cette chanson a changé ma vie ! » dit Marie, et c’est parti pour une version intense et festive de i wanna be your girlfriend. Marie saute dans le public, pour un court crowd surfing, tandis que sur scène, les musiciens sont à fond. Tout cela n’est pas si loin, malgré la douceur qui se dégage de Marie, du véritable esprit punk de 1977 : faites de la musique qui parle de vous, qui parle aux autres, sans vous soucier d’être professionnel, sans vous préoccuper de ce que pensent les gens. Eh oui, en 2019, Marie Ulven est une véritable punk.

Quand, un jour peut-être, Marie sera devenue une grande star planétaire, on se souviendra avec émotion de cette soirée du 30 octobre à la Gaîté Lyrique.