2019 10 24 The Struts Trianon (8)

20h45 : Pour The Struts, la scène a des allures de show à Broadway : estrade, piano blanc, décor doré, on fait clairement dans l’excès. Pourtant, sur scène, il n’y a que le quatuor original, toujours vaillant, même si le succès rencontré par le groupe n’est pas toujours à la mesure de ce que ses débuts tonitruants laissaient présager : « On a vécu de bons moments, on a vécu des moments de merde, mais on est toujours restés The Struts », dira d’ailleurs plus tard Luke Spiller, en nous encourageant à rester toujours fidèles à ce que nous sommes. Luke, Adam, Jed et Gethin ne font pas dans la discrétion, ni le banal quotidien, avec leurs costumes dorés et leurs paillettes, et le premier morceau, Primadonna Like Me, sur lequel le Trianon tout entier explose littéralement de joie, est une parfaite déclaration d’intention pour qui n’aurait – on ne sait jamais – pas encore saisi de quoi il retourne : « Oh, don't you wanna be a primadonna with me tonight? / Come on, bring it on / Don't you know it's all about me tonight? / So come on, try it on / Be a primadonna with me tonight… ».

Si vous étiez trop jeunes pour voir sur scène Slade ou The Sweet, si vous avez même loupé Queen avant que Freddy nous quitte, et Supergrass avant leur séparation (attention, ils reviennent !) The Struts vous permettent de vivre à peu de frais, et dans une atmosphère beaucoup plus festive encore, ces "cheap thrills", dont l’Angleterre reste la meilleure pourvoyeuse. En 1972, on appelait ça dans les magazines du "Rock Décadent", et si Luke avait vécu à l’époque, il aurait fait toutes les couvertures de la presse en alternance avec Bowie et Bolan. Il faut dire, et c’est sans doute ce qui frappe le plus avec les Struts sur scène, c’est combien ce jeune type est beau. Et lumineux. Et charismatique. Et sympathique en plus (ce qui n’était pas forcément le cas de tous les gens nommés plus haut). Bon, il ruisselle de sueur avant même d’avoir entamé le second morceau du set, mais quel regard ! Quel sourire !

2019 10 24 The Struts Trianon (27)

L’imparable Body Talk gagne la partie alors que ça ne fait pas dix minutes qu’ils sont sur scène. Sur la gauche de la scène, Jed Elliott, avec son look d’acteur hollywoodien aimante les jeunes femmes, tandis que sur la droite Adam (« la seule guitare » du groupe, comme dira Luke) abat un boulot considérable avec une élégance discrète. Bref, les Struts, c’est aussi sympa pour les yeux que pour les oreilles, même si c’est évidemment l’énorme charisme de Luke qui l’emporte. Pour ceux qui préfère le premier album, Dirty Sexy Money est une sorte de récompense après une première partie de set largement consacrée à YOUNG&DANGEROUS, mais alors qu’on commence à se demander comment le groupe – et le public - va tenir le rythme après un tel démarrage, Luke se met en "mode showman", nous haranguant, un peu à la manière de Pelle chez les Hives : avec moins d’humour néanmoins, mais plus d’empathie et de générosité, Luke est le modèle du musicien qui communique avec ses fans, son sourire lumineux affiché en permanence. C’est ainsi qu’il appelle sur scène celui qu’il déclare admirer depuis toujours, Kyle Falconer, pour reprendre avec lui une version survoltée du tube de The View, Same Jeans… Si l’on ajoute aussi, plus tard, son hommage au public français qui a accueilli très tôt les Struts au début de leur carrière, ses longs remerciements à toute l’équipe technique (petit sketch comique des roadies…), il est clair que Luke est une belle personne (ou alors, pour les cyniques parmi nous, quelqu’un qui sait comment s’y prendre avec son public…).

Reste que le set a marqué le pas, et qu’il est temps de terminer en beauté. Seul au piano, Luke nous interprète un Somebody New très "à la manière de Freddy Mercury", avant la dernière ligne droite, Ashes et Could Have Been Me, extatiques, qui laisseront le Trianon pantelant, épuisé par 1h45 démesure rock’n’rollienne.

On a le droit de trouver tout cela "over the top", pas de très bon goût, manquant de subtilité – particulièrement les passages lyriques, à l’emphase très "Queen" -, mais il est impossible de nier le plaisir que procure un spectacle d’une telle générosité, surtout conduit par un leader aussi exceptionnel que Luke Spiller.