In the shadow of the moon affiche

Jim Mickle est un drôle d'oiseau : scénariste, réalisateur et producteur de films de genre, il a une filmographie que certains lisent comme une tentative réussie d'innovation en termes de cinéma populaire mais pas idiot, tandis que d'autres ne voient qu'une suite de semi navets, où les ambitions initiales de l'auteur sont toujours réduites à néant par de grossières erreurs. Le fait que Netflix mise sur lui plutôt que, comme d'habitude, sur de jeunes auteurs déjà reconnus par la critique, pouvait laisser présager d'un autre de ces désastres artistiques dont la plateforme est devenue, malheureusement, spécialiste. Or, il n'en est rien : si "In the Shadow of the Moon" est tout sauf un "grand film", il apparaît comme une vraie petite réussite, conjuguant divertissement respectueux de son spectateur et réflexion tout sauf bête sur les dangers qui planent sur nos sociétés démocratiques, et sur les Etats-Unis en particulier. Pas si mal, pour une oeuvre qui se positionne clairement dans la lignée du cinéma de série B des années 70 à 80, un héritage duquel trop peu de réalisateurs actuels osent se réclamer.

"In the Shadow of the Moon" commence même superbement bien, en thriller classique, avec traque de mystérieux serial killer, conflits entre flics, pression familiale, et adopte un rythme soutenu, tendu, sans pour autant se complaire dans l'habituelle violence absurde du cinéma actuel. Comme en plus, c'est l'assez convaincant Boyd Holbrook (déjà remarqué dans "Narcos" en particulier) qui tient le rôle principal, tandis que le trop rare Michael C. Hall fait de la figuration intelligente, tandis que la mise en scène élégante, presque classique, offre une parfaite lisibilité aux scènes d'action, il n'y a rien à redire à cette ouverture convaincante.

La suite est plus surprenante, et malheureusement plus irrégulière, sans pour autant nous décevoir franchement : l'étonnant virage SF du scénario - dont il importe d'en savoir le moins possible avant de regarder le film - élève franchement les enjeux du film au dessus du polar standard qu'il aurait pu être, même si Mickle n'a clairement pas le talent nécessaire pour réellement gérer le mélange de genre de son ambitieux scénario. Au fur et à mesure que le temps défile, que l'action se complexifie dans une narration en cycles, basée sur deux flux temporels inverses, le personnage principal perd un peu de sa crédibilité, et ce d'autant que Mickle jette dans son chaudron magique un nouveau sujet, politique celui-ci : c'est sans doute trop pour un seul film, et l'apparition à mi-parcours d'une menace extrémiste risquant de déstabiliser, voire de détruire les Etats-Unis (un thème pas si différent, avons-nous trouvé, du point de départ de "A Handmaid's Tale") n'est pas assez anticipée par le scénario pour que l'on y adhère totalement.

Heureusement, la toute dernière partie du film, qui fait le pari étonnant de l'émotion, et boucle assez magistralement le désormais habituel paradoxe temporel (là encore, on n'est pas loin du thème initial du "Terminator" de Cameron), est assez réussie pour que le spectateur voit le générique de fin défiler avec un sentiment de quasi-plénitude : voilà décidément un "petit" film construit sur de bonnes idées, qu'il a su ne pas dilapider (comme c'est le cas d'une grande majorité des films Netflix...), et qui a respecté son contrat tacite de divertissement plaisant, malin et excitant.

Maintenant, on a le droit de se sentir aussi un peu frustrés, si l'on considère qu'un tel sujet, mieux écrit peut-être encore, en insistant plus sur son fond politique (... même si l'allégorie des porcs est très bien vue ici !), et mieux maîtrisé par un réalisateur de meilleur niveau, aurait même pu donner naissance à un nouveau classique de la SF. Ce sera pour la prochaine fois...?