2019 10 14 King Gizzard Olympia (3)

21h45 : les sept Australiens, rois du Rock psyché sous toutes ses formes imaginables - et dieu sait que Stu Mackenzie et sa bande ont de l'imagination ! - entrent sur la scène de l'Olympia noyée dans un bain de couleurs chatoyantes. Le public est en liesse, tout s'annonce pour le mieux pour King Gizzard & The Lizard Wizard. Ceux d’entre nous qui étaient au Bataclan en mars 2018 savent qu’il va être difficile de faire mieux... mais c'est sans compter avec le talent caméléonesque du groupe. On attaque façon heavy metal avec Venusian 2, le son est un peu faiblard et creux, mais ça va s'améliorer très vite. Stu et Joey ont échangé leurs places sur scène, mais la configuration du septuor reste à peu près semblable : la section rythmique (les deux batteurs et le bassiste) sont un peu en retrait, les claviers d’Ambrose (qui se montrera particulièrement exubérant ce soir, et sera souvent le point de convergence des regards du public) sont placés sur la gauche, et les trois guitaristes occupent le devant de la scène, tandis que dans le fond, tradition psyché oblige, on a droit à des projections de fascinantes vidéos abstraites et colorées…

Les choses sérieuses débutent vraiment avec l'épique Crumbling Castle, et son ambiance prog rock dynamitée par l'esprit garage du groupe… Et sa mélodie médiévale obsédante, et ses ruptures de ton : le pur et long plaisir de la musique à la fois complexe et festive de King Gizzard. On poursuit notre balade dans l'univers des microtons et du Rock Progressif revisité par ces fous furieux, avec plusieurs morceaux du magnifique "Polygondwanaland", et on débouche par surprise sur une version pop pur sucre de Mr. Beat : c'est bien simple, c'est tellement léger et pétillant, on dirait presque du Sparks. Quelque chose a changé chez King Gizzard, la légèreté l'a emporté sur la fascination un peu geek de l’Heroic Fantasy passée au filtre du krautrock. C’est d’ailleurs quand le groupe se lance dans un pur boogie débridé, extrait de "Fishing for Fishies", qui sera peut-être le moment le plus magique de la soirée, qu’on réalise pleinement que derrière ce projet vaguement démentiel d’appliquer leur vision à toutes sortes de musiques différentes, se cache un formidable appétit musical, une joie exubérante de jouer qui permet à King Gizzard de transcender tout ce que le groupe touche.

2019 10 14 King Gizzard Olympia (16)

Le reste du set, qui sera limité à 1h30, malheureusement sans rappel du fait de l’heure tardive, volera à des hauteurs stratosphérique, devant un parterre de l’Olympia complet et en transe : magnifique détour par "Flying Microtonal Banana", avec les chansons les plus mélodiques de l’album, mémorable intervention vocale d’Ambrose en lead – avec sa voix si particulière -, sans même parler de notre jeune ami Ferdinand (13 ans) partageant la scène avec les musiciens dans la bonne humeur générale, pendant que dans la fosse, le tumulte va croissant.

Après un dernier volet boogie et une courte parenthèse thrash metal, c’est la conclusion joyeuse et jouissive de Am I in Heaven?, salutation du groupe à ses jeunes années : cinq ans seulement se sont écoulés, mais King Gizzard semble avoir vécu cinq vies dans l’intervalle.

Ce soir, nous avons pu assister au set mémorable d’un groupe en pleine maîtrise de son Art, mais qui sait utiliser sa virtuosité technique et son imagination pour proposer cent manières nouvelles de créer du bonheur : tout le monde souriait aux anges en sortant de l’Olympia. Il est bien difficile aujourd’hui d’étiqueter la musique de King Gizzard, loin désormais du pur garage psyché, mais vous savez quoi ? C’est justement ça qui est bien !