2019 09 25 Mattiel Maroquinerie (6)

20h55 : les quatre musiciens de Mattiel démarrent le set sans elle, les deux guitares font un sacré raffut, en particulier le guitariste rythmique juste devant moi qui en veut à mes tympans : c’est suffisamment rare désormais de voir des groupes jouer fort que cela excite forcément la sympathie, et ce d’autant que le batteur semble perpétuellement heureux de jouer, et que le bassiste impressionne tout de suite par sa présence et son jeu.

Je ne m’attendait pas vraiment à un petit déluge d’électricité de ce genre, et je suis ravi quand Mattiel Brown pénètre à son tour sur la scène de la Maro : pantalon de cuir noir, chemisier noir aux manches… créatives, maquillage étrange, avec un contour de paupières se terminant par une perle, coupe courte de cheveux noirs de jais, elle a fière allure, et elle bouge avec une aisance prometteuse. La voix est aussi intéressante que prévu, mais évidemment un peu en retrait par rapport aux guitares, un problème récurrent à la Maro quand on est placé au premier rang.

Bon, la musique de Mattiel, c’est quelque chose d’assez indécis, ou plutôt mélangé : il y a clairement des racines américaines profondes, entre country, blues et soul, parfois même un peu roots, mais il y aussi une approche “Rock classique à Guitares” qui ratisse large, de Joan Jetts aux White Stripes. Le public de la Maro est rapidement très enthousiaste devant cette approche finalement assez traditionnelle du Rock, et il est vrai plus tellement fréquente depuis une bonne décennie : le groupe dégage une énergie inépuisable, et Mattiel a vraiment la classe quand elle danse sur scène. Seul problème finalement, mais il n’est pas négligeable, les compositions n’ont pas grand-chose d’extraordinaires, et le traitement style “rouleau compresseur“ appliqué par le groupe les dépouille de l’intérêt qu’une interprétation plus sobre leur conférait sur disque.

Le fait d’enchaîner la quasi intégralité de “Satis Factory“, le second album de Mattiel, ne résout pas le problème, et on peine à voir l’intérêt de certains morceaux, comme par exemple Je Ne Me Connais Pas, à l’origine une sorte d’hommage aux yéyés français qu’on aurait pu imaginer pertinent interprété à Paris, et qui tombe parfaitement à plat. Mattiel Brown a beau nous jurer que « Paris est sa ville préférée… », et même ajouter devant nos sourires entendus « Et non, je ne le dis pas dans chaque ville où je joue ! », on a du mal à trouver là-dedans plus que du professionnalisme de bon ton, à l’Américaine.

2019 09 25 Mattiel Maroquinerie (13)

Plus le set avance, plus un sentiment d’uniformité m’envahit, et le mélange de genre se mue en manque de personnalité. Heureusement, la fin du concert, qui balance les morceaux les plus accrocheurs du premier album - comme le très accrocheur Count Your Blessings qui fait chanter tout le monde -, permet de conclure la soirée sur une note plus positive.

Whites of Their Eyes, en rappel, est même très convaincant, et d’ailleurs les musiciens semblent enfin se détendre, échanger des sourires, prendre un vrai plaisir à jouer. Généreuse, Mattiel nous offre un dernier morceau, qui n’était pas sur la setlist : une reprise un peu piétonne du génial White Light White Heat du Velvet Underground. Je suis aux anges, mais en regardant autour de moi, je constate que je suis bien le seul à chanter les paroles de ce classique des classiques : une constatation bien affligeante que cette ignorance de la part d’un public parisien a priori très Rock vis-à-vis d’une chanson aussi essentielle dans l’histoire de la musique…

Bon, le lendemain matin, je recevrai un message célébrant « la naissance d’une future superstar... ». Cela m’a donné l’impression de ne pas avoir vécu le même concert qu’une bonne partie du public de la Maroquinerie, visiblement très enthousiaste. J’ai eu au contraire l’impression de voir un groupe américain assez banal arpenter les terres déjà bien piétinées au fil des décennies passées d’une musique plus trop pertinente de nos jours.

Mais bon, ça, c’est moi, et mon mauvais esprit, sans doute…