Un jour de Pluie affiche

Woody Allen est de retour à New York, la ville qu'il aime le plus et qu'il peint le mieux, même si son périple européen n'a pas été stérile. Woody est placardisé par Amazon suite à la résurgence des accusations de sa fille adoptive, et son "Un jour de pluie à New York" a bien failli ne jamais sortir en salle. Nous, ses fidèles spectateurs depuis plus de quarante ans, ne savons pas s'il faut se réjouir de pouvoir le voir enfin, ce film, ou bien boycotter le vieil homme et le condamner sans procès. Mais les noms de Timothée Chalamet et de la sublime Elle Fanning sur l'affiche rendent tout cela à peu près irrésistible...

Une heure et demi (soit la durée parfaite pour un film) plus tard, on ressort de "Un jour de pluie à New York" charmés comme aux premiers jours : avec son habituel pessimisme de loser autoproclamé, Allen a encore détruit un couple, mais en vieux romantique incontrôlable, il en a construit un autre, le tout sur fond de piano bar, de bons mots débités à la mitraillette, et de piques contre le monde du cinéma (réalisateurs divas, scénaristes pleutres et acteurs menteurs, tout y passe...).

Chalamet surprend au début, reprenant à son compte mimiques et poses du vieux comique - comme avant lui à peu près tous les acteurs masculins des films récents de Woody -, et il nous faut un peu de temps pour nous réhabituer aux vieux trucs, déjà tellement vus et revus, de la comédie "allenienne". Ce n'est sans doute qu'à mi-film que le charme se met à opérer à nouveau à plein régime : Chalamet chante au piano, et le coeur de Selena Gomez fond comme le nôtre ; le monde du Cinéma se prosterne aux pieds de Elle Fanning, lumineuse comme dans la "vraie vie", et diablement drôle en plus. Et puis vient LA SCÈNE qui tue, qui justifie à elle seule d'aller voir le film, et c'est à la toujours magnétique Cherry Jones qu'on la doit. On plane de bonheur, et la dernière ligne droite, jusqu'à une conclusion parfaite entre happy end et réalisme trivial (déjà utilisée dans "Minuit à Paris", mais peu importe...), est un enchantement.

On a ri, on a rêvé d'amour, on a envie d'aller tout de suite passer un week-end à New York : Allen est toujours très, très fort. On a oublié nos réserves et quant à ces sordides histoires de famille, on aimerait vraiment qu'elles ne soient pas fondées. Ça serait dur de ne plus avoir notre Woody Allen annuel. En tout cas, il semble que le prochain soit déjà en boîte. Il se passera en Espagne, gageons qu'il pleuvra moins.