Speaking_in_Tongues

Si la critique et les gens de bon goût célèbrent généralement "Remain in Light", l’album précédent des Talking Heads qui les voyait exploser les frontières de leur musique et lui conférer à la fois une dimension métaphysique et une pulsion primitive, ce sera cet humble "Sp eak in ginTo ngues", un album à la fois bien plus léger qu'à l'habitude et furieusement funky, qui restera pour moi, et pendant des années, une sorte de disque de chevet : sans rien renier – au contraire, même – de cet "esprit de recherche" nouvellement acquis avec Brian Eno , David Byrne et sa bande l’appliquent à des chansons à la fois simples et superbes, tour à tour lumineuses et extatiques, voire occasionnellement hantées (comme "Swamp")

Il faut noter que cet album fut supporté par une remarquable tournée qui voyait chaque membre original du groupe "doublé" par un musicien black, concept clair quant aux ambitions de Byrne de faire se rejoindre la cérébralité farfelue de ses chansons et la beauté frénétique du funk, de la soul et du gospel. Cette tournée marqua l'apogée artistique du groupe et fut heureusement immortalisée par Jonathan Demme dans son remarquable film "Stop Making Sense".

De la colossale intro de "Burning down the House" jusqu'à la touchante conclusion de "This must be the Place (Naive Melody)", aucune faiblesse, et chacun peut choisir quelle sera sa chanson préférée parmi l'irrésistible "Girlfriend is Better", la frénétique "I get wild / wild gravity" ou l'accrocheuse "Slippery People"... et toutes les autres...

Ce cinquième album des Talking Heads restera leur plus gros succès commercial, sans doute parce qu'il peut se danser aussi sans arrière-pensées, et qu'il s’écoute intégralement en remuant du postérieur un sourire béat aux lèvres.

"Turn like a wheel inside a wheel", sans aucun doute !